Les voyageurs de l’Espace :
une aventure musicale, visuelle et littéraire


A en juger par la longue queue de badauds qui attendent patiemment devant le CNES, l’information est bien passée : l’Observatoire de l’Espace participe pour la première fois à la fête de la musique avec sa formation de sept musiciens, les Voyageurs de l’Espace, jetant ainsi un pont entre monde musical et monde spatial.
 

 

16 heures. Ouverture des portes et première surprise : les spectateurs devront s’asseoir au sol sur des coussins, et au centre de l’auditorium, les musiciens eux se produiront en cercle autour de leur auditoire. Une excellente manière de revisiter l’art scénique et d’offrir aux spectateurs une immersion totale dans le son et l’image.

Puis le silence… suivi des premières notes qui donnent instantanément la couleur musicale de l’évènement. Les premiers sons de cordes, de saxo, ou les premières percussions, le tout teinté des sons synthétiques de l’ordinateur, donnent d’emblée la signature sonore originale et atypique, quasi envoûtante, d’une harmonieuse dissonance.

Non contents de créer leurs harmonies habituelles, nos Voyageurs de l’Espace improvisent grâce à un usage inattendu de leurs instruments : Alex Grillo, le vibraphoniste frotte le manche de ses baguettes sur les lamelles de son vibraphone, et Didier Petit tire de son violoncelle des sons de percussions...

Jean-François Pauvros, guitariste, joue de son instrument avec… un archet, alors qu’Hélène Breschand frappe les cordes de sa harpe comme peu de harpistes oseraient le faire...

Quand à Terje Isungset, le batteur, il n’hésite pas à utiliser des objets du quotidien : galets, gaine électrique ou corne de bélier…

C’est immergé dans cette ambiance musicale d’improvisation et de créativité qu’on vit surgir sur le mur des images spatiales. Une nacelle accrochée à un parachute tombe au ralenti alors que les musiciens, le regard rivé sur l’écran, accompagnent avec talent cette chute qui n’en finit pas...  

  C’est avec talent également qu’ils restituent avec leurs instruments le bruit assourdissant d’une Ariane 5 qui s’arrache à l’attraction terrestre, grâce aux percussions bien sûr, mais également à l’envolée frénétique du saxo de Sylvain Kassap...

Ces images de l’Espace, comme ce lent travelling dans la Station spatiale internationale, inspirent et orientent leur virtuosité pour nous offrir une interprétation planante et légère comme la microgravité...  

  Comment ne pas imaginer que cette musique d’un autre genre donne vie aux robots ou projets de robots que l’on voit s’agiter sur l’écran. La musique électroacoustique créée par l’ordinateur de Christian Sebille donne ce sentiment étrange que c’est elle qui anime ces machines.
Et enfin comment ne pas s’émerveiller de ces visions de la Terre en rotation également accompagnée par ces « peintres du son » qui savent visiblement nous faire partager ces rares instants...

Il ne manquait que la parole à cette immersion acoustique et visuelle. C’est en la personne de Damien Bouvet, récitant de talent, que l’on a pu goûter davantage encore à ce voyage grâce aux lectures qu’il nous a faites, extraites de la revue Espace(s).  

Fin de séances. L’après-midi comme le soir la déception se lira sur certains visages de devoir quitter l’auditorium pour céder la place à ceux qui attendent encore. Certains sont toujours assis ou allongés sous l’emprise de ces sonorités persistantes. Certains resquilleront et resteront. Mais comment ne pas avoir envie de voyager deux fois.




Les voyageurs de l'Espace