10h :
Arrivée au CADMOS (Centre d'Aide au Développement des activités en Micro-pesanteur et des Opérations Spatiales) dans la « vie normale » du centre spatial de Toulouse ; en effet, les agents du CADMOS devront se partager entre nous et des membres de l’ESA (l’agence spatiale européenne) également en visite.
Malgré le retard dû à des problèmes de transports, les voyageurs s’installent dans la « salle de crise », nom donné à la salle de réunion qui possède tous les moyens de communication et d’information.
Créé à Toulouse en 1993 par le CNES sur la base de l’expertise de ses équipes formées dès 1982 (mission franco-russe sur Salyut-7) pour préparer, organiser et assurer le contrôle des missions spatiales habitées françaises, le CADMOS intervient dans la préparation, l’exploitation et la gestion des expériences scientifiques lors des missions nécessitant un environnement en micropesanteur : station soviétique MIR, navettes américaines, station spatiale internationale (ISS), et suivi d’expériences dans les vols paraboliques. Il est une composante du « segment sol » de l’ESA pour l’ISS à côté d’autres USOC (Users Support Operational Center) européens comme le « MUSC » de l’agence spatiale allemande (DLR), ou le « BUSO » belge.
10h50 :
En salle de contrôle avec Philippe Bioulez et Didier Chaput, responsable du département des sciences en micropesanteur. Il s’agit de la salle de contrôle, initialement dédié aux vols franco-russes (Cassiopée 1996, Pégase 1998, Perséus 1999, Andromède 2001) et aux programmes intermédiaires qui est maintenant consacrée à 80 % aux partenariats avec la NASA.
Outre différents compteurs et horloges, trois grands écrans vidéo font face à plusieurs rangées de pupitres de contrôle. Un des écrans montre une mappemonde avec la projection au sol de l’orbite de la station et la figuration de sa progression en temps réel, combinée à l’animation de la courbe du « terminateur », frontière du jour et de la nuit : c’est le prétexte à de nombreuses questions sur la vie dans la station spatiale internationale : les exercices physiques, les temps de repos, le bruit blanc, le nombre de place, le retour des hommes et des expériences...
C’est aussi l’amorce d’une compréhension des contraintes de gestion des missions à intégrer pour les équipes du centre : par exemple, le temps de communication avec la station est limitée à 20 minutes maximum en fonction des relais du segment sol, ce qui implique une précision et une psychologie inédite dans les échanges.
Tous les six mois, à chaque renouvellement d’équipage, comptés en « incrément », sont réalisés des « sets » d’expériences par à bord de la station spatiale internationale. Aujourd’hui, il s’agit de « l’incrément 14 » : la station, à environ 500 km de distance de la Terre, est occupée par un cosmonaute russe, un spationaute allemand et un astronaute américain arrivés à bord du Soyouz.
Les questions de sécurité sont abordées. Elles sont récurrentes au cours des différentes étapes dans les interrogations des voyageurs. Nous apprenons cette fois que le nombre de cosmonautes dans la station est strictement égal au nombre de places disponibles dans la capsule de retour.
Une partie de la matinée est consacrée aux différents thèmes des expériences en biologie et en physiologie. Durant cette présentation, nos voyageurs retrouvent les différents sujets abordés lors des précédentes étapes nancéennes et toulousaines en mai et juin. En particulier, le rappel de l’exemple de la mission « Fertile » permet de détailler le rôle du centre dans un contexte scientifique lié à l’environnement et à la génétique (reproduction, organogenèse, morphogenèse) et abordant différents domaines (gravitropisme végétal, radiobiologie, exobiologie).
Visionnant un film réalisé lors de la mission de Jean-Pierre Haigneré, les voyageurs manifestent un intérêt soudain plus aigu pour le lieu, ses fonctions et les différents éléments qui le composent. La curiosité est irréductible.
Les questions d’adaptation des hommes en micropesanteur est omniprésente et annonce un autre voyage possible « l’homme sans gravité ». Les conséquences de cet environnement sont rappelées : diminution de l’immunité, et du nombre de globules rouges ; déplacement des fluides corporels, induisant notamment une surirrigation du cerveau ; affaiblissement de la charpente osseuse et musculaire. Un graphique théorique permet de comprendre les différentes phases d’acclimatation du système physiologique des cosmonautes et l’influence de la gravité notamment sur le cerveau (en fonction des travaux de Joe McIntyre). Plusieurs courbes combinées montrent au cours d’un vol de plusieurs mois les pics de dérèglements de différents facteurs physiologiques dès la première semaine et leurs retours à la « normale » après environ un mois et demi. Le système oculo-vestibulaire (nécessaire à l’équilibre) est le plus rapide à atteindre son pic puis à se stabiliser, devant le système vasculaire, puis les globules rouges, etc. Les expériences de physiologie humaine sont évoquées : Viminal, Cognilab, Navigation…
La conversation s’oriente sur les missions spécifiques traitées au CADMOS et sur les étapes accomplies par les scientifiques pour faire voler leurs expériences, selon les idées, les besoins, les soutiens de différents partenaires (du CNES notamment) et la réalisation technique et opérationnelle avant et pendant le vol selon un protocole rigoureux et des entraînements. Le travail du CADMOS se découvre dans sa diversité qui comporte : l’expression du besoin, l’analyse de la mission pour le véhicule adapté, la réalisation de matériels spécifiques, la qualification du matériel, les opérations pré-vol, le suivi des opérations en vol, les opérations post-vol comme la remise des échantillons aux scientifiques.
Un des « instruments » essentiel du travail du centre est abordé avant d’être plus développé dans l’après-midi : le « cyclogramme », sorte d’emploi du temps complexe et adaptatif de l’organisation de la station spatiale et de ses rapports au sol par tranche de 24h, prenant en compte toutes sortes de contraintes influençant le déroulement spécifique en micropesanteur des phases d’expériences. Ainsi, il est rappelé que l’absence de convection dans les conditions de micropesanteur entraîne l’emploi de ventilateurs, bruyants et fatigants, que la station, définie comme « univers clos fragile », implique des conditions drastiques de tests et d’utilisations de produits comportant une certaine dangerosité comme les « fixateurs » volatiles (pour arrêter le développement des cellules à différents stades d’études), etc.
Le cyclogramme de la mission « Fertile » montre ainsi les moments où le spationaute Léopold Ehyarts doit veiller à ce que les pleurodèles pondent à temps et les aide éventuellement avec des « réglettes » mises au point lors de tests en vols paraboliques à bord de l’Airbus zéro-G.
14h30 :
Après la pause déjeuner, les voyageurs font un détour par le futur centre de contrôle de l’ATV, module européen de ravitaillement et de « camion poubelle » pour l’ISS, et dont le lancement est prévu en mai 2007. Trois salles et un petit amphithéâtre pour le public (VIP et presse) le composent : au centre, une salle principale de contrôle de vol (reliée à la NASA, à Moscou, au CNES, et au Japon) ; une salle de mécanique spatiale d’un côté où nous prenons place ; de l’autre côté une salle d’experts (avec notamment des industriels). Séparées par des parois vitrées, les trois salles totalisent environ 60 postes de travail organisés devant un très grand écran mural situé dans la salle centrale. L’amphithéâtre, derrière une grande baie vitrée, comporte environ 30 sièges.
L’ATV est le seul engin spatial quasiment automatique conçu pour faciliter les manœuvres d’accostage ou arrimage à l’ISS pour les ingénieurs et les spationautes. Le dispositif de reconnaissance de cible (un gros triangle) associé à des vidéomètres est régi par deux systèmes informatiques autocontrôlés, dont chaque système « espionne » l’autre, doit en effet surmonter l’handicap d’un pilotage à distance. Une mission ATV est conduite sur 6 mois, qui comprennent les 3 semaines dédiées au lancement et l’arrimage puis le retour sur Terre pour se désintégrer et rentrer dans le Pacifique à l’intérieur d’une zone prévue d’amerrissage de 50x2 km. L’ATV est susceptible d’emporter au moins 10 tonnes de matériel contre 4 pour les précédents systèmes russes Progress.
Les voyageurs bénéficient d’éclairages sur les différentes procédures opérationnelles (pour l’ATV et pour l’ISS en général), la langue utilisée (l’anglais), le leadership partagé entre Houston et Moscou, avec des difficultés liées aux cultures de procédures (écrites pour les USA, orales pour les Russes) et la responsabilité de la NASA au niveau de la sécurité pour la station spatiale. Quatre simulateurs permettent aux équipes de la salle de contrôle de s’entraîner comme aujourd’hui.
15H15 :
Retour à la première salle de contrôle du CADMOS. Dans le hall, les voyageurs étudient la maquette de l’ISS et le four spatial Méphisto utilisé pour l’étude des phénomènes de solidification et pour la téléscience. Dans les premières explications délivrées se dessinent le contour d’un nouveau voyage consacré à « la matière sans gravité ».
15h30 :
Le suivi des expériences au CADMOS, dans la salle de contrôle. Au niveau des communications, la station spatiale internationale est en lien avec les Etats-Unis via Cap Kennedy et Houston, avec la Russie via le TSOUP (Centre de contrôle) et Baïkonour ainsi que le centre de contrôle principal européen, le Colombus Control Center à côté de Munich en Allemagne.
Les expériences scientifiques, de physiologie notamment, sont suivies par le CADMOS en temps réel mais sans communication directe. La communication est relayée par différents centres russes, américains et européens. Deux pupitres sont dédiés à la communication ; le CADMOS gère à la fois les échanges avec ces différents centres en réseau ainsi que le contrôle et la réalisation des expériences avec les responsables et les scientifiques. Les informations données par les scientifiques au CADMOS transitent par la Russie pour être traduites et sont validées une dernière fois par les responsables des expériences au CADMOS avant d’être envoyées. Les voyageurs découvrent alors des règles strictes comme le langage particulier utilisé lors des communications, le planning des échanges entre les différents protagonistes et les actions minutées des hommes qui occupent l’ISS.
Toutes les informations circulent en réseau sur un site Internet sécurisé : les radiogrammes (planning), les procédures, les messages, les archives et les rapports de chaque conférence (Daily planning conference). Il y a deux conférences par jour mais le travail en amont montre l’importance psychologique du support du sol pour les astronautes.
Grâce à l’écran tactile d’interface, les voyageurs écoutent les différents centres de contrôle et la station spatiale.
16h50 :
Visionnage de film concernant les divers vols et expériences avec notamment des reportages sur Michel Tognini et des images de l’ISS de Claudie Haigneré.
18h :
La visite du CADMOS se termine par la visite des différents laboratoires avec les répliques de certains projets futurs destinés au module scientifique européen Colombus qui être lancé en 2007 pour compléter l’ISS et des répliques de matériels d’expériences scientifiques dont certains sont reconnus par les voyageurs comme provenant de la COMAT.
« J’aimerai bien aller là-haut ». |