Rendez-vous à la Faculté de Médecine de Rangueil, avec une attente : découvrir la manipulation en cours, dans sa phase d’analyse par l’équipe de Gilbert Gasset. Le Groupement Scientifique en Biologie et Médecine Spatiale (GSBMS) teste, au sol, les appareillages, les procédures et tout ce qui est nécessaire pour la réalisation d’une expérience en micropesanteur, en améliorant la méthodologie. Sous cet angle, le GSBMS est le seul laboratoire spatial de biologie.

Journée de dialogue avec Gilbert Gasset, pionnier de la recherche en vols stratosphériques et chercheur pour les protocoles des activités en micropesanteur. Les premières questions portent sur les types de modèles biologiques utilisés (cellules libres, cellules liées), les problèmes aujourd’hui abordés (détection des gènes sensibles à l’hypergravité), les outils mis en œuvre et déjà perçus lors d’étapes précédentes (clinostat, centrifugeuse).

Les laboratoires :

Le point culminant de la matinée est la découverte de la centrifugeuse en fonctionnement dans sa pièce dédiée, sous la surveillance d’une webcam.

« C’est magnifique ! »

La fascination est d’abord esthétique, plus que technique ; le mouvement hypnotique de l’appareil, les ombres portées dans la pièce provoquent un grand intérêt qui surprend les interlocuteurs du GSBMS. De fabrication maison, avec une expertise acquise dès 1990, elle entraine ses échantillons de graines de plantes en croissance à 62 tours par minute, soit à 5G. La plante utilisée a son génome connu. La question est de voir comment l’expression des protéines en est modifiée, et de là, d’identifier les gènes sensibles au facteur de gravité. Les problèmes techniques associés sont en apparence triviaux (comment automatiser l’hydratation dans différentes conditions de gravité, comment éviter des formations de buées dommageables à l’observation et à la prise de vue, etc.) mais requièrent d’innombrables ressources d’inventivité pour être résolus.

L’azote liquide, très utilisé, intrigue tout autant que la méticuleuse opération réalisée en direct sur des échantillons (séparation de la biomasse, nécessitant d’être plongée dans ce gaz liquéfié pour être conservée avant analyse). Il sera l’un des objets d’expérimentation et incarne aussi le moment poétique (« c’est beau ! ») au cours de cette journée.

Les dispositifs utilisés pour former des ampoules remplies sous pression, à casser de manière très précise, sur des milieux de culture liquides, lors des expériences en vol sont également testés par les voyageurs : ils toucheront ainsi du doigt une des phases de la construction de la mission conduite par Jean-Loup Chrétien en 1982 et dont Gilbert Gasset va dévoiler le carnet de laboratoire en vol. Ces expériences, et les mises au point qu’elles ont nécessité, ont donné lieu au dépôt d’un premier brevet franco-russe du système de fixation par antibiotique de culture de bactéries, et ont permis de montrer que les bactéries sont plus résistantes en microgravité.

Les voyageurs sont confrontés à plusieurs objets dont l’emploi reste un mystère. Ils inventent donc des expériences mécaniques ou corporelles afin d’en saisir le fonctionnement. Chaque instrument est manipulé et détaillé dans sa fonction et sa construction selon les questions des voyageurs. En particulier, les différents clinostats dédiés à de petits échantillons, soit à base de tubes pour des cellules libres en milieu liquide soumis à de fortes rotations (80 tours par minute), soit plus spectaculaire, le clinostat à rotation tridimensionnelle, ou RPM (Random Positionning machine) sorte de robot de table, qui donne lieu à une expérience de tournage inédite (une caméra étant bloquée à la place de l’échantillon), proche de l’œuvre de l’artiste Michaël Snow « La région centrale »(1970-1971) traduisant ainsi le point de vue de l’échantillon tournant sens dessus dessous…

Les microscopes sont aussi un fil conducteur à travers ces étapes, ils permettent une nouvelle perception, esthétique parfois, du monde qui entoure nos voyageurs, dans une atmosphère détendue.

Les salles de matériel :

Les voyageurs ressentent l’ambiance d’un laboratoire mais associée à un esprit de bricolage… 

« C’est la première fois que nous apercevons tous les maillons d’un concept »

Chaque découverte est à l’origine d’interrogations de plus en plus poussées sur les techniques précises et les instruments des vols. Elles dévoilent aussi dans leur succession une histoire de l’expérience française et européenne en matière de biologie spatiale. Ainsi sont montrées les cocottes minutes historiques ayant volé sous ballons stratosphériques pour étudier la sensibilité des paramécies aux rayonnements cosmiques.

L’expérience STILL apparaît comme la première des boîtes ou cryostats thermo-régulés de transport spatial et dont les générations suivantes (boîtes bleues, vertes, jaunes, ou « yellow box ») sont fabriquées par la COMAT où elles ont été vues la veille. Également issue de la COMAT, la boîte à plantules de tabac a permis d’utiliser celles-ci comme détecteur de pollution ou de rayonnement grâce à leurs propriétés de mutation inverse qui génèrent des taches jaunes énumérables.

Différentes générations de cassettes à échantillons biologiques sont aussi passées en revues, entraînant chaque fois leurs inventions lexicales, Cytos, Biorack, Ibis, mais aussi leurs zoos microscopiques, paramécies, bactéries, œufs d’oursins, et leurs lots d’inventions, comme le brevet permettant d’utiliser des pailles en plastique au lieu d’ampoules en verre pour limiter les risques d’éclat en microgravité !

« Vous avez l’esprit pratique, quand même ! »