Outre les éléments patrimoniaux, l’exposition Les représentations de l’Espace fut animée par une dizaine de témoins de l’aventure spatiale.

Parmi eux, le public a pu rencontrer Jean-Pierre Pommereau, directeur de recherches au CNRS au service Aéronomie. Posté à côté de la montgolfière infrarouge, il expliquait comment on pouvait, grâce à cet outil, mesurer la destruction de la couche d’ozone de manière beaucoup plus complète qu’avant. « Ce ballon s’échauffe à partir du rayonnement de la terre, ce qui lui permet de voler plusieurs semaines et d’atteindre ainsi des endroits auparavant inaccessibles, en équateur et dans les tropiques », explique-t-il. Ce chercheur nous apprend que depuis la signature du protocole de Montréal, la destruction de la couche d’ozone n’augmente plus, et qu’elle sera même entièrement reconstituée d’ici 2055. Viennent alors les questions relatives à cette fameuse couche d’ozone dont on entend souvent parler, mais qu’on ne maîtrise pas très bien.... « Les gens mélangent un peu tout car la presse mélange un peu tout », confirme Jean- Pierre Pommereau. Heureusement ce jour-là, les visiteurs avaient directement accès à un spécialiste en physique et chimie de l’atmosphère ! Plus question de confondre émissions de gaz à effet de serre, pollution, trous dans la couche d’ozone et réchauffement climatique. Pour finir, Jean- Pierre Pommereau a rappelé que les informations qu’il récolte permettent d’élaborer la stratégie énergétique de demain. Un enjeu économique mais surtout écologique qu’on ne peut plus ignorer.

Un peu plus loin dans le hall du CNES se tenait Christian Vanpouille, ingénieur communication du Laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques (LRBA), centre d'expertise technique de la Délégation générale pour l'Armement. Auprès de lui, le public a remonté le temps jusqu’au début de l’informatique en découvrant des mémoires à tores de ferrite datant de 1959. Christian Vanpouille a raconté comment celles des ordinateurs de l’époque, monstres de plusieurs tonnes remplissant trois ou quatre pièces, étaient constitués de milliers de tubes et de centaines de kilomètres de câbles. « Aujourd’hui, a-t-il expliqué, il faudrait empiler ce genre de plaques sur 2km pour faire une mémoire de téléphone portable ! ». Pour les passionnés, l’ingénieur est revenu sur l’histoire du LRBA, de sa création en 1946 avec des ingénieurs allemands dont la France, au lendemain de la guerre, voulait capter le savoir-faire, sur ses missions d’hier (conception de V2, de moteurs de lanceurs, de fusées Vesta, responsabilité de la base d’Hammaguir en Algérie jusqu’à la création du CNES) et ses missions d’aujourd’hui (conception de missiles, de systèmes spatiaux militaire et de systèmes de navigation).

A la sortie de l’exposition, on trouvait Jacques Touret, professeur émérite de minéralogie et de pétrographie et conseiller scientifique de l'Association des Amis de la bibliothèque et des collections de l’Ecole des Mines de Paris (ABC Mines). Cette association vise, au travers de visites organisées, voyages et conférences, la formation et la culture scientifique du public. Jacques Touret était donc bien préparé pour ces journées du patrimoine ! Les visiteurs ne s’y sont pas trompés, qui l’ont accaparé. Il faut dire que le professeur était venu présenter un échantillon de 400 kg d’une météorite découverte en 1890 dans une cratère de l’Arizona très difficile d’accès, Canyon Diablo. Très vite, il en est venu à leur raconter sa composition, puis l’histoire du fer sur terre, d’où viennent les météorites et s’elles sont bien à l’origine de l’extinction des dinosaures. « La population est plutôt néophyte, mais passionnée par le sujet. Les météorites renvoient à l’infini de l’Espace, à l’inconnu, à la vie extraterrestre…Un enfant m’a d’ailleurs demandé si des Martiens avaient vécu sur celui-là ! », sourit Jacques Touret. Pour lui aussi, la presse n’est pas toujours juste sur les sciences de la terre, car elle cède facilement au spectaculaire. « De plus, la minéralogie ne fait plus partie du cursus scolaire des Français, la biologie tirant toute la couverture. Pourtant, dès qu’ils se retrouvent devant un échantillon concret et non des théories fumeuses, la curiosité des gens se réveille, les questions fusent et la réflexion s’élabore. Il devrait y avoir plus de moment comme celui-ci ! » Gageons qu’il y aura en tout cas toujours de quoi se cultiver au CNES lors des journées du patrimoine…