Musée
Suisse des Transports-Verkehrshaus
D'où venons-nous,
où allons-nous ? - une question centrale pour un établissement
qui s'est dédié au mouvement.
Lidostrasse 5, CH-6006 Lucerne
Tel : +41 41 370 44 44
www.verkehrshaus.ch
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L'objet:
Galet
de métal fondu
Galet de métal fondu provenant d’un satellite,
trouvé en Suisse fin 2003.
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Le récit :
Récit par Markus Flury, spéléologue (traduit par Damian Amstutz).
Lire le texte original en allemand
Débris spatiaux et « jackpot » au loto
« Quand on pense aux régions karstiques, ce ne sont pas forcément les météorites ou la « ferraille spatiale » qui viennent à l'esprit. En tant que spéléologue, je visualise plutôt un paysage crevassé, parsemé d'une maigre végétation. Avec un peu d'imagination, on pourrait à la rigueur comparer le karst nu (ainsi appelle-t-on les étendues sans couverture végétale) à la surface lunaire.
Je n'avais pourtant rien de tel en tête quand, par cette journée d'automne 2003, je parcourais une fois de plus la zone karstique du Silberen, dans le secteur du col de Pragel (canton de Schwyz). Peut-être était-ce le hasard, ou peut-être, comme spéléologue, avais-je mes sens plus aiguisés à mon entourage. Tandis que je vagabondais par-ci par-là sur le terrain, comme toujours à l'écart de tous chemins, j'ai subitement remarqué un galet gris, ovale, qui semblait avoir été poli. Or, les pierres dans un karst ne sont pas rondes comme elle peuvent l’être dans un lit de rivière, mais affichent le plus souvent des contours irréguliers. De toute évidence, la forme et la nature de ma trouvaille n'étaient donc pas compatibles avec le site géologique environnant. Mais je ne soupçonnais pas encore tout ce que ce petit caillou allait déclencher.
À ma grande surprise, la pierre pesait très lourd pour sa taille réduite.
Et comme j'examinais de plus près cet étrange galet, il m'est aussi apparu que l'une de ses faces était lisse, alors que celle opposée était rugueuse. Etait-ce un projectile en plomb qui avait fini sa course à cet endroit ? Sa forme arrondie réfutait cette hypothèse.
Cette pierre était-elle une météorite ? Cette face lisse pouvait être le côté du bolide qui avait fondu lorsque celui-ci avait traversé à toute vitesse l’atmosphère. Et quand j'ai appliqué un aimant sur ma découverte, j'ai été passablement étonné de voir celui-ci y « adhérer » fortement. Un matériau magnétique, une météorite ferreuse, aurait pourtant dû être sujet à la rouille, en particulier s‘il était resté par terre, exposé à l'air libre.
Ma pierre n'affichait cependant qu'un ton gris uniforme.
Les mois suivants, j'ai conservé la pierre chez moi, sur une étagère à livres, jusqu'à ce que me vienne l'idée de la montrer à quelqu'un qui s'y connaisse dans ce domaine. En passant par l'Association suisse des collectionneurs de minéraux et fossiles, l'ASCMF (www.svsmf.ch), je suis enfin tombé sur l'adresse du Musée d'histoire naturelle de Berne (www.nmbe.ch). J'y ai fait la connaissance du conservateur, le Dr Beda Hofmann, expert chevronné en météorites. Vivement intéressé par ma trouvaille, il s'est proposé d'étudier scientifiquement la pierre. Les jours suivants ont passé dans une grande impatience. Et finalement, le rapport du Dr Hofmann a donné la réponse quant à la provenance et à l'arrivée du mystérieux « nugget » dans le Silberen : « ... composé de titane métallique, avec traces de vanadium et de fer, l'objet n'est certainement pas une météorite. Le titane est souvent employé dans la navigation spatiale. L'échantillon n'est pas radioactif ».
J'avais donc trouvé « une aiguille dans une botte de foin », ce qui, selon la presse, était assimilable à un « jackpot » au loto. Ce n’était pas une météorite, mais un bout de ferraille spatiale retombée sur terre après son séjour en orbite, un « space junk » comme le Dr Hofmann l'a appelé.
Par hasard, la découverte a été mentionnée dans un petit journal du Muotathal. L'article a déclenché un formidable battage médiatique, alors que j'avais moi-même presque oublié cette trouvaille. L’objet – qu’on le surnomme « nugget », « space junk » ou « jackpot » - a maintenant trouvé une place méritée dans l'exposition de la navigation spatiale du Musée Suisse des Transports à Lucerne, ce qui me réjouit au plus haut point.
Du reste, qui peut dire à qui appartient ce morceau de satellite ?
Lors de mes prochaines excursions au Silberen, je garderai un œil encore plus attentif sur ces pierres qui ne semble pas à leur place.
Qui sait ce que j’y trouverai à nouveau...»