Mundaneum

Centre de documentation à caractère universel (fondé par Paul Otlet et Henri La Fontaine), il fut le berceau d’institutions internationales humanistes mais aussi d’utopies.

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L'objet:

Plaque de verre

Plaque de verre présentant l’ascension d'un ballon à hydrogène au départ du Jardin des Tuileries le 27 août 1784.

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Le récit :

Récit par Audoin Dollfus, astronome honoraire à l’Observatoire de Paris.

Premiers ballons – premiers envols

« Le 4 octobre 1957, un « bip-bip » envoyé d'au delà de la Terre annonçait la conquête de l'espace. Spoutnik, une sphère métallique de création humaine, avait quitté notre monde pour gagner le cosmos. L'humanité vibra à ce rêve ancestral réalisé dans la surprise. Moins de quatre ans plus tard, le 12 avril 1961, Gagarine revenait sur terre après être allé lui même dans l'espace. Encore quatre ans et, le 19 mars 1965, Léonov sortait de son vaisseau spatial pour flotter seul hors de la Terre.

Presque deux siècles plus tôt, un globe en papier quittait la terre pour disparaître dans le ciel. Peut on imaginer l'émotion d’alors ! Tout était nouveau, l'émerveillement intact, dans le monde d'alors, à l'apogée des Lumières, à l'aube de la Révolution. Tout semblait possible, même voler dans le ciel.
Le 4 juin 1783, à Annonay, le globe de Joseph Montgolfier s'envole vers les nuages. Trois mois plus tard, le 19 septembre, trois animaux s'élèvent au ciel devant le roi et la cour. Encore deux mois et, le 21 novembre 1783, Pilâtre de Rozier quitte le sol et traverse Paris au dessus des toits. Dix jours plus tard, le 1er décembre, Charles et Robert disparaissent dans le ciel au dessus de Paris, devant une foule immense. Emmenés par le vent, tel un nuage, ils volent deux heures sur la campagne et se posent dans un champ, ayant parcouru 35 kilomètres. Quarante neuf jours seulement vont s'écouler encore et Pilâtre de Rozier retourne en l'air, le 19 janvier 1784, dans une immense montgolfière, emmenant avec lui six passagers distingués.

Ainsi naquit le vol humain, accomplissement d'un rêve insensé, en sept mois et demi, sans coup férir, devant le roi, le peuple, l'humanité.
Le chroniqueur Mercier, dans ses Tableaux de Paris, peut s'écrier :
« 1er décembre 1783 ; jour mémorable : Charles et Robert s'élèvent dans les airs, au vu d'un peuple immense, remplissant et escaladant les jardins des Tuileries, dont les portes furent forcées. Quand on a vu ce spectacle, il n'y a plus rien à voir en fait d'assemblées nombreuses, ondulantes et variées. Deux cent mille personnes levant les bras au ciel dans les attitudes de la surprise, de l'admiration, de la joie et de l'étonnement.
Les unes pleuraient de joie pour les hardis physiciens, les autres tombaient à genoux, suffoqués de surprise, de terreur et d'attendrissement. Non, jamais la physique n'a créé sur le globe un moment extraordinaire plus propice à verser l'enthousiasme dans les coeurs, et jamais ce jour unique ne se représentera. Quand on serait venu au monde pour recevoir en un seul jour une sensation mélangée aussi vive, aussi profonde, aussi délectable, il faudrait encore bénir l'existence.
»