Museum
Peenemünde
Ancienne base
de missiles, Peenemünde se veut désormais un lieu
de connaissance et de rencontre culturelle, ainsi qu’un
site pacifique.
Historisch- Technisches Informationszentrum Im Kraftwerk,
17449 Peenemünde
Tel :+49 38 371 505-0
www.peenemuende.de
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L'objet:
Fusée
V2
Vergeltungswaffe 2
(arme de représailles n°2)
Fusée allemande développée à
Peenemünde, 1942
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Le
récit :
Récit par Peter Profe, directeur adjoint du musée
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Ascension et chute : ambivalence d'une découverte technique
« Peenemünde était le plus important projet d'armement du 3ème Reich. La conception et la réalisation de nouveaux systèmes d'armes devaient garantir la suprématie du national-socialisme sur le monde.
La force de plusieurs milliers de travailleurs forcés étrangers(1) et d'environ 2000 prisonniers de guerre a été utilisée pour construire les installations d'essai de la Luftwaffe et de l'Armée de Terre sur une zone de 25 km2 et pour produire en série les fusées "V2", production qui a atteint son apogée macabre en 1943 avec le stockage dans des souterrains près de Nordhausen.
Jusqu'à la fin de la guerre, scientifiques et militaires ont travaillé ensemble à Peenemünde à la conception de nouvelles armes, "Armes magiques" et "Armes de vengeance" de la propagande qui devaient tromper l'espoir du peuple allemand. Et les victimes se comptèrent par milliers, dès la phase de production.
La fièvre des fusées
Dans les années 1920 déjà, une véritable frénésie d'intérêt pour les fusées s'était répandue dans toute l'Allemagne. Déclenchée par le livre de Hermann Oberth Rakete zu den Planetenräumen (La fusée dans l'espace planétaire), elle convainquit les passionnés de technique et les rêveurs qu'il pouvait exister un moyen d'aller explorer le cosmos avec des fusées à propulseur liquide.
Le film de Fritz Lang La Femme sur la Lune (1929) représenta le point culminant de cet engouement. Mais à côté des utilisations pacifiques de la fusée, on commença de plus en plus à en parler en termes militaires.
L'Allemagne constituait un terrain fertile pour de tels rêves. A l'appauvrissement et la perte de pouvoir qui ont sanctionné la défaite de la Première Guerre Mondiale s'est jointe la vague d'espoir dans le progrès technique qui a caractérisé les Années Folles (1920), mais aussi de plus en plus la dégradation de la situation économique qu'a entraîné la Crise économique mondiale : tout cela alimenta les désirs de fuite et les fantaisies visionnaires. Une nuée de romans de science-fiction populaires décrivirent les possibilités de voyages intersidéraux dans les moindres détails.
Aucun de ces bricoleurs enthousiastes ne pouvait deviner l'énorme quantité d'argent, de temps et de technique qui seront nécessaires pour maîtriser la propulsion et le guidage des fusées.
Au service des militaires
Dès 1929, la Reichswehr(2) attribua aux bricoleurs de fusées des espaces d'essai sur un terrain d'exercices d'artillerie près de Berlin/Kummersdorf avec des moyens financiers non négligeables.
Au début de l'avènement du 3ème Reich, on n'entendit plus parler de fusées. Une décision du Führer interdit à partir de 1933 tous les clubs de construction de fusées et expérimentations privées. Seuls les militaires allemands étaient autorisées à poursuivre le travail.
Arriva le moment où les expérimentations de fusées de plus en plus grosses si près d'une grande agglomération ne pouvaient plus rester secrètes, sans compter les dangers qu'elles représentaient pour les habitants de Berlin. Il fallait trouver un autre lieu.
Peenemünde 1936-1945
Sous contrat avec la Wehrmacht, Wernher von Braun (1912-1977) et d'autres ont alors cherché un lieu approprié à l'établissement d'un centre de recherche. Le choix de l'île de Usedom et du site de Peenemünde résulta de sa position très excentrée, qui simplifiait le maintien du secret et permettait de procéder aux tirs d'essai sans être dérangé le long de la côte de Poméranie. Un lieu possédant des qualités identique avait déjà été sélectionné sur l'île voisine de Rügen, mais ce lieu, Bad Prora, avait déjà été attribué au projet de camp de vacances du Front Allemand du Travail (KdF).
C'est ainsi qu'en 1936 a été lancée, sous forme d'une entreprise commune entre la Luftwaffe et l'Armée de Terre, la construction d'un double centre de recherche militaire dans le nord de l'île Usedom.
La Luftwaffe y a réalisé au cours des années suivantes des essais d'avions à réaction et de la bombe volante Fi 103 – plus connue sous le nom de code V1. L'Armée de Terre avait pour mission de développer une grosse fusée capable de transporter 1 tonne d'explosifs à environ 300 km ; c'était la future V2.
Le projet a été lancé avant guerre avec des moyens très conséquents puis a augmenté sans cesse en fonction de l'évolution de la situation militaire. C'est ainsi que 10 à 15 000 hommes ont vécu et travaillé au début des années 1940 à Peenemünde, et que près de 70 bâtiments et complexes de tir ont été érigés sur plus de 25 km2 de prairies marécageuses et forêts profondes tout autour de ce qui avait été l'idyllique village de pêcheurs de Peenemünde.
En octobre 1942 a eu lieu le premier essai de tir d'une grosse fusée. Dépassant la vitesse du son, elle grimpa à l'altitude de 84,5 km jusqu'à la frontière de l'atmosphère puis s'abîma dans la Mer du Nord 190 km plus loin.
C'est en avril 1943 que des prisonniers de guerre furent pour la première fois appelés à participer à la production en série de la fusée.
Peenemünde connut le revers de la médaille dans la nuit du 17 au 18 août 1943, date de la première attaque aérienne de la Royal Air Force sur le site. D'après les données recueillies, environ 750 hommes périrent cette nuit-là, dont sans doute 500 travailleurs forcés étrangers.
Dans les jours suivants, il fut décidé de déplacer la production en série à Nordhausen en Thuringe. C'est dans des conditions dramatiques que les prisonniers de Buchenwald ont démonté les installations souterraines du "Dispositif central" ("Mittelwerk") et érigèrent l'atelier extérieur "Dora". Dès le 1er janvier 1944, la production en série de la fusée a pu reprendre sur le nouveau site.
Plus de 20000 prisonniers perdirent la vie rien que pour la construction des installations souterraines et de l'usine.
Sur le site de Peenemünde, on continua jusqu'à la fin de la guerre à chercher, concevoir et tester ; la dernière fusée a été tirée sur le stand VII en février 1945. Wernher von Braun et les principaux ingénieurs se préparèrent dès la fin mars à prendre la direction du sud de l'Allemagne pour rencontrer l'armée américaine qui avançait ; le 4 mai, l'Armée rouge occupait Peenemünde sans rencontrer de résistance.
La technique révolutionnaire des fusées A4/V2 a servi après la guerre aux vainqueurs du conflit pour leurs propres recherches militaires. Il fallut encore deux décennies de recherches et de travaux pour qu'apparaisse, en pleine guerre froide, le Spoutnik russe puis la fusée américaine Apollo et une vision pacifique de l'utilisation de cette arme : la course vers l'espace.
La fusée A4/V2 est considérée de nos jours comme la mère de toutes les fusées porteuses actuelles, civiles comme militaires.
La mise en service de cette arme à partir de 1944 ne pouvait plus modifier le cours de la guerre. Son manque de précision la réservant aux cibles vastes, elle servit à semer la terreur parmi la population civile de Londres surtout, mais Amsterdam, Anvers, Liège, Paris et Rotterdam furent touchées également.
En termes militaires, le projet de fusée était un échec. Trop complexe, trop luxueux, trop cher et peu efficace : la fusée embarquait une tonne d'explosifs, alors qu'à la même époque le bombardier standard de la Royal Air Force, le Lancaster, en embarquait six.
Ce qui avait été conçu au départ comme une arme d'attaque, servit en fin de compte de symbole d'espoir pour la propagande allemande et accapara non seulement d'importantes ressources matérielles, mais aussi d'énormes efforts de recherche, qui ont de ce fait manqué dans d'autres domaines plus décisifs quant à l'issue de la guerre, à commencer par les radars.
Le revers de la médaille
La cruelle expérience des victimes s'oppose à ce mythe. Aux yeux de l'un, le site est le lieu d'une avancée technique pleine d'avenir qui a ouvert un nouveau chapitre de l'histoire de l'humanité, la Conquête de l'espace. L'autre verra dans le même lieu l'endroit où ont été construites les plus terribles armes stratégiques de l'époque qui ont causé une multitude de victimes non seulement dans les pays agressés par cette arme, mais aussi sur leur site de production où des dizaines de milliers d'hommes périrent.
L'observateur considérera la fusée et son site de production différemment selon son point de vue.
Il existe peu d'autres sites historiques dans lesquels les qualités et les défauts du progrès technique sont autant entremêlés qu'à Peenemünde.
Wernher von Braun et ses principaux collaborateurs se soucièrent après guerre de participer à la réussite des programmes de fusées militaires de leurs nouveaux donneurs d'ordres au Pentagone, donnant ainsi naissance au mythe : Peenemünde est le berceau de la conquête de l'espace. L'union sinistre de l'ambition scientifique et des calculs militaires nous laisse de nos jours entrevoir le destin de Wernher von Braun et de ses principaux ingénieurs comme véritablement « faustien ».
(1) NDLR : Il s’agit de travailleurs engagé dans le Service du travail obligatoire (STO), système développé de façon plus ou moins équivalente dans tous les pays occupés par l’Allemagne. Instauré en France par le régime de Vichy en février 1943, à la demande de l'Allemagne nazie et dans le cadre de la collaboration d'Etat, ce Service du travail obligatoire prévoyait initialement l'envoi d'un million et demi de travailleurs français en Allemagne.
(2) NDLR : nom de l’armée allemande de la République de Weimar. Elle devint la Wehrmacht en mars 1935.