Haus der Geschichte der Bundesrepublik Deutschland
Fondation - Maison de l’histoire de la République Fédérale d’Allemagne

De la seconde guerre mondiale à nos jours, des témoignages du passé éveillent des souvenirs et incitent à réfléchir sur le présent.

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L'objet:

Combinaison spatiale

Combinaison spatiale faite sur mesure en URSS pour Sigmund Jähn, le premier Allemand dans l’Espace.

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Le récit :

Récit de Sigmund Jähn, cosmonaute, extrait du livre Sigmund Jähn, Der fliegende Vogtländer, de Horst Hoffmann, aux éditions Das Neue Berlin.
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Un scaphandre de maître-tailleur

« Les concepteurs des combinaisons de cosmonautes nous avaient avertis : réajuster un scaphandre une fois qu'il a été créé est une opération très compliquée. Le moindre déplacement d'une couture,
la moindre reprise pouvait mettre en péril l'étanchéité et rendre indispensables de nouvelles séances de test dans le caisson à dépression. Pour résumer, les maîtres-tailleurs cosmiques, issus de maisons de couture très spéciales, avaient pour devoir de prendre les mesures de leurs clients de telle façon que la combinaison convienne du premier coup, que les fonctions vitales restent possibles et qu'un minimum de confort puisse être maintenu. Il va sans dire que ces maîtres-tailleurs redoublaient de minutie et de précautions dans leur travail.
La phase de décompression, qui consiste à tester le scaphandre avec son occupant dans un caisson à dépression, est restée gravée à jamais dans ma mémoire. Elle m'a mené dans une situation telle qu'il m'a presque fallu abandonner. »

De telles procédures n'étaient pourtant pas inconnues de Sigmund Jähn. Comme tout pilote qui se respecte, nous a t-il raconté, il lui fallait périodiquement faire des tests de sa combinaison de vol en situation de basses pressions. En réussissant à tenir une heure sous une pression équivalente à 6000 mètres d'altitude tout en maintenant ses capacités à réaliser des actions, on est assuré de pouvoir dérouler posément la procédure d'urgence en cas de panne du système d'alimentation en oxygène de l'aéronef. En effet, la capacité des poumons à capter l’atmosphère dépend de la pression ambiante. Plus celle-ci diminue, lorsqu’on monte en altitude, plus les poumons ont du mal à fonctionner : pour contrecarrer ce phénomène, il faut soit faire remonter artificiellement la pression (par exemples les cabines pressurisées dans les avions de ligne) ou augmenter la teneur en oxygène de l’air respiré (grâce aux masques respiratoires des pilotes de chasse).
Mais pour simuler un vol à une altitude supérieure à 12000 mètres, il ne suffit plus d'enrichir l'air en oxygène. Pour maintenir dans les poumons la pression partielle requise, l'oxygène doit être inspiré sous une certaine pression, ce qui n'est possible que moyennant un entraînement particulier, consistant notamment à expirer tout en parlant afin de contrecarrer le flux gazeux entrant, acte qui est non naturel et donc difficile. Pourtant, les six candidats cosmonautes réussirent sans souci les premiers tests dans la cabine à dépression, et tous les scaphandres les passèrent les tests avec succès :

« L'étape suivante consistait à vérifier que le scaphandre était bien ajusté au niveau opérationnel à son occupant, c'est-à-dire qu'il nous permettait de travailler dans le vide cosmique. Pour ce faire était programmée une « montée » à 40000 mètres dans le caisson à dépression. La pression d'air à cette altitude est si faible que l'on peut parler d'environnement cosmique. Cet entraînement mimait toutes les phases d'un premier vol cosmique : installation dans la fusée prête au décollage, décollage, un tour de planète complet puis retour sur Terre, tout cela en temps réel.
Le caisson à dépression avait été équipé des véritables fauteuils ergonomiques avec toutes leurs ceintures, et la position adoptée était exactement celle prévue pour le vol réel.

Tout se passa comme en vrai, y compris l'accélération du pouls que provoque un décollage en fusée. La situation était inhabituelle. De l'autre côté de la visière du casque et du fin scaphandre, il n'y avait aucune possibilité de survie. Des craintes quant à l'étanchéité des coutures, je n'en avais aucune. Les tailleurs cosmiques avaient toute ma confiance. Pourtant, un peu plus tard, une douleur naquit à l'arrière de mes genoux, et ne fit qu'augmenter. Il m'était impossible d'étendre les jambes, installé comme je l'étais comme pour un atterrissage, les jambes légèrement serrées et maintenues. Je tentais alors de me changer les idées en faisant du calcul mental. Le résultat fut quasi-nul. Au moment où j'estimai que les douleurs à mes genoux allaient bientôt devenir insupportables, je demandai l'heure au médecin via la radio. « Plus que deux heures », me répondit-il, ce qui m'atterra. Encore deux heures ainsi ? Impossible.
Ce qui m'énervait le plus était que cette broutille, peut-être causée par une inattention en enfilant mes sous-vêtements, allait obliger vingt personnes à tout interrompre et reprendre la procédure à zéro. L'angoisse se répandit vraisemblablement dans tout mon corps, puisque les courbes des systèmes de télémétrie qui enregistraient toutes mes données vitales dans la pièce d'à côté commencèrent à se croiser en tous sens. Le médecin vint en courant au hublot pour voir ce qui m'arrivait.

Mes pensées tournoyaient. Que lui répondre, s'il m'interrogeait ? Il était hors de question d'avouer mon dilemme sans avoir à prendre sur-le-champ la décision de poursuivre ou d'arrêter l'entraînement. J'étais seul juge: aurais-je été en mesure de rester opérationnel dans ce scaphandre en cas d'avarie réelle ? Je me donnai encore une demi-heure. « Tout va bien », répondis-je. Mais le docteur ne décolla plus du hublot ;
il m'entraîna via radio dans une discussion concernant le sport dans notre république. Je n'avais vraiment pas envie de divertissement à ce moment, mais la politesse m'obligeait à répondre. Ce médecin devait être fin connaisseur de la psychologie humaine, puisqu'il réussit à me faire oublier ma misérable situation. En tous cas, je réussis ainsi à tenir jusqu'au bout. C'est après « l'atterrissage » que je trouvai le corps du délit : un lacet ou un morceau de tissu tortillé dans la jambe du pantalon avait provoqué une pression parasite dans le pli de genou, réduisant de ce fait la circulation sanguine dans le membre inférieur.
Quant au scaphandre, il s'avéra parfaitement ajusté. »