Centre
International Jules Verne
Le Centre s’emploie,
dans les domaines scientifique, littéraire et artistique,
à transmettre l’esprit de Jules Verne dans la société
d’aujourd’hui.
2 rue Charles Dubois, 80000 AMIENS
Tel : +33 (0)3 22 45 37 84
www.jules-verne.net
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L'objet:
Gant
et casque
Gant et casque du spationaute Jean-Pierre Haigneré, 1990
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Le récit :
Récit par Samuel Sadaune, écrivain
« Les Voyages extraordinaires de Jules Verne ont cette particularité d’être les premiers récits de voyages à tenir compte de la logistique.
Il y a de nombreux paragraphes (particulièrement dans Hatteras, Le Pays des fourrures ou La Jangada) qui décrivent l’armement, l’approvisionnement, le matériel, toute la médicamentation des personnages prêts à partir pour un périple. De la terre à la Lune n’échappe pas à cette règle. Mais, très curieusement, la tenue vestimentaire des explorateurs verniens ne semble pas concernée par cet « effet de réalisme ». Même les romans polaires parlent peu de la tenue d’Hatteras ou d’Hobson : l’impression que nous en avons provient essentiellement des illustrations qui accompagnent le récit. Comme si Jules Verne s’était peu intéressé au sujet. Ou peut-être tout simplement comme si, ayant lu des récits polaires (Dumont d’Urville, Perron, etc., Ross, Kane, etc.) Verne s’était rendu compte que ces explorateurs mythiques n’avaient jamais vraiment songé à décrire leur équipement, très probablement, comme le laissent songer les gravures de l’époque, leurs tenues n’étaient pas à la hauteur des territoires extrêmes traversés (Pourtant, il y a au moins deux exceptions : Kane et Bellot sont tous deux, dans les années 1850, dessinés revêtus de vêtements fourrés et encapuchonnés, tel Peary cinquante ans plus tard).
Mais si l’on y regarde de plus près, on s’aperçoit que Jules Verne a suivi deux principes dans le choix des tenues vestimentaires :
1° Le symbole
Si l’on étudie le cas des premiers voyages, tout particulièrement celui de De la terre à la Lune, on s’aperçoit que Verne reste sans doute l’héritier de Balzac dans la vision imagologique d’un personnage : pour la société des années Charles X et Louis-Philippe, le vêtement fait sens, fait l’homme. Mieux vaut être endetté que de ne pas répondre à certains critères. De même, quelle que soit la destination de ses héros, Jules Verne continue de respecter cette loi de l’apparence. Dans Cinq Semaines en ballon comme dans Autour de la Lune, les personnages gardent leur tenue civile (dans les autres récits africains, ils auront des tenues coloniales). Mais Autour de la Lune présente un cas encore plus particulier : Michel Ardan n’est pas seulement en tenue civile, il est en tenue de sortie, équipé comme pour un spectacle, ou, pour être plus exact compte tenu du récit, comme pour se présenter dans un salon littéraire. On se souvient que l’intérieur de l’obus-fusée et la manière dont la narration nous présente les conversations renvoient l’atmosphère d’un salon littéraire parisien où l’on devise confortablement et tranquillement sur l’art créatif et les derniers livres à la mode. Il me paraît très probable que ce n’est pas seulement Emile Bayard, l’illustrateur de Autour de la Lune, qui décide de laisser les personnages accoutrés comme dans le premier roman du diptyque. A cette époque (1869-1870), Jules reste très attentif au contenu des illustrations (voir sa correspondance). Michel Ardan et ses compagnons doivent, selon l’écrivain, garder leur tenue de simples spectateurs et non pas d’intervenants, exactement comme les héros de Cinq Semaines en ballon : ils ne feront tout au long du voyage que pressentir les choses, jamais les constater. Et comme s’il se moquait lui-même de ses choix, Verne fait subir à ses personnages des épreuves réalistes pour un voyage spatial : le gel, la pesanteur ; mais l’illustration de Bayard nous montre les trois voyageurs littéralement glacés, faute d’avoir un équipement à la hauteur.
2° Le côté pratique
C’est pour son sixième roman que Jules, pour la première fois, décide de sacrifier à l’apparence physique du héros pour la bonne marche du roman et de sa vraisemblance (et aussi pour rendre compte des derniers progrès scientifiques) : le capitaine Nemo revêt un équipement de scaphandrier autonome (l’équipement de Clawbonny dans Hatteras ne compte pas, le docteur n’étant pas un « héros » selon les critères de l’époque : Hatteras, lui, garde sa tenue de capitaine envers et contre tout).
Mais si nous regardons le deuxième voyage spatial de Verne, Hector Servadac, nous nous apercevons qu’un nouveau type de tenue fait son apparition : le costume militaire. Servadac, Ben-Zouf, les Anglais font tous partie d’un corps d’armée. Une fois de plus, le costume s’adapte à la situation, fait en partie symbole. Bien que voyageur malgré lui, le capitaine français ne se contente pas d’être spectateur comme Ardan : il tente de coloniser Gallia et vit sur une nouvelle planète qui le promène à travers tout le système solaire. Il a la tenue du chef. Mais en revanche, les Russes ont une tenu plus adéquate compte tenue de la température des lieux, sans doute parce qu’ils sont habitués dans leur propre nation à ces changements brutaux de climat. Il est intéressant au passage de constater que les deux voyages spatiaux de Verne mettent en scène des Américains et des Russes, à une époque où ce sont plutôt les Anglais qui partent à la conquête du monde.
Finalement, ce sont les romans où les personnages sont dénudés et limités dans leurs déplacements qui donnent enfin leur place aux préoccupations vestimentaires : L’Ile mystérieuse regorge de détails à ce sujet. Par la suite, Le Sphinx des glaces par le crayon de Roux (avec des consignes de Verne ?) nous montrera Jeorling en tenue polaire plus appropriée. Peu à peu, le vêtement s’acclimate au site, cependant que souvent le site fournit la matière première pour le vêtement. Mais on constatera, pour l’anecdote, que la partie vestimentaire la plus décrite chez Jules Verne reste... le chapeau : signe de détresse chez les pauvres ouvrières du Voyage en Angleterre et en Ecosse, signe de délire excentrique chez Mistress Branican avec Jos Meritt qui parcourt le monde pour enrichir sa collection de couvre-chef... mais qui n’est guère équipé pour traverser les déserts brûlants du cœur de l’Australie.»