La Coupole

Cette base militaire allemande inachevée, devenue centre historique, témoigne du passé sombre de l’Europe.

A 5 km de Saint-Omer, itinéraire fléché aux abords de la ville
Gratuité : non
62500 SAINT-OMER - Tel: +33 (0)3 21 12 27 30

www.lacoupole.com

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L'objet:

Fusée V2
Vergeltungswaffe 2

(arme de représailles n°2)

Fabriquée dans le camp de concentration de
Dora 1944-1945.

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Le récit :

Récit par Max Dutillieux, ancien déporté.

Les V2 : l’enfer de DORA

« La V2 ou A4 est la première fusée à voler dans l’espace. Mise au point par Wernher Von Braun à partir de 1937 dans la base de Peenemünde, ses essais sont financés et supervisés par l’armée nazie qui voit dans les fusées une arme de guerre nouvelle. La A4 mesure 14,50 mètres de long, 1,80 m de diamètre dans sa partie la plus large, et porte 910 kg d’explosifs. Elle vole à près de quatre fois la vitesse du son, et son système de guidage lui assure une précision de l’ordre de 10 km. Une fois les premiers essais réussis, le 3 octobre 1942, la A4 passe dans une phase de construction en série, sous le nom de V2, Vergeltungswaffen-2 (arme de représailles 2). Les nazis installent l’usine de production à Nordhausen, et la main d’œuvre utilisée est constituée de déportés du camp de concentration de Dora, exploités dans des conditions épouvantables, à l’image de l'horreur du système nazi. Dans cette usine sont morts plus d’hommes que sous les bombardements des V2.
Malgré son origine, la V2 reste le point de départ de l'aventure spatiale.

Voici le témoignage de Max Dutillieux, extrait de son livre : Le Camp des armes secrètes Dora-Mittelbau, paru aux éditions Ouest–France, 1993.

« … La fusée nous était bien apparue comme un engin monstrueux et lourd de menaces dont il nous était impossible d'imaginer la portée.
Pour ma part, lecteur de Jules Verne, je me voyais esclave du docteur maudit des Cinq Cents Millions de la Bégum, mais j'ignorais le nom du génial inventeur de cette Wunderwaffe, de cette arme prodigieuse, j'ignorais le nom de Wernher Von Braun.
À la réflexion, c'est bien lui que j'ai dû voir une ou deux fois en visite d'inspection dans le tunnel au cours de l'hiver 1943-1944. Créateur de la V2, comment aurait-il pu ne pas s'intéresser aux conditions concrètes de sa fabrication ? Je revois toute cette troupe de hauts dignitaires, ils sont sept ou huit : des généraux à la tenue rutilante - parements rouges à la veste d'uniforme, galon rouge à la couture du pantalon - des civils vêtus de cirés qui leur tombent presque aux chevilles. Tous portent des bottes de cuir noir qui luisent dans la lueur blafarde du tunnel. Le seul parfum d'élégance que nous ayons jamais pu sentir en cet endroit... Tous peuvent se rendre compte au prix de quels sacrifices humains sont construites les fusées. Il est impossible de ne pas être frappé par le délabrement, l'extrême misère physique de ceux qui fabriquent ce bijou technique qu'est la V2. Speer, le ministre de l'Armement, qui faisait partie du groupe, signale d'ailleurs dans ses mémoires (Au cœur du Troisième Reich) combien cette visite avait été, pour certains et pour lui en particulier, traumatisante... Cette fusée - nous disions « la torpille » - mesurait quatorze mètres de haut et un mètre soixante de diamètre.
Elle était de couleur vert foncé et avait une odeur particulière, une odeur d'acétone. Sa construction devait coûter des milliers d'heures... Rien qu'à voir les pièces que nous avions à manipuler nous devinions que la V2 mettait en oeuvre une haute technicité mais nous aimions nous persuader qu'elle n'était pas au point et qu'elle ne le serait pas avant la défaite du Reich.
La V2 portait en germe la conquête de l'espace … Il est bon de ne pas oublier qu'elle est née du ventre pourri de la colline du Harz. Pourquoi a-t-on voulu cacher ça ? Dans les tonnes d'archives du procès des criminels nazis de Nuremberg on chercherait en vain le nom même de Dora. Sans doute fallait-il que la technologie spatiale eût une naissance virginale... »