Musée du Temps

Dans l’ancien Palais de Granvelle, l’exploration scientifique, technique et humaine du Temps côtoie la présentation des nanotechnologies.

96, Grande Rue - 25000 BESANÇON
Tel : +33 (0)3 81 87 81 50

www.besancon.fr

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L'objet:

Pendule de Foucault

Pendule de Foucault mettant en évidence la rotation de la Terre et précédant sa mesure précise par des systèmes satellitaires.

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Le récit :

Récit par Marianne Benoit, Musée du Temps

Du pendule de Foucault au système Doris, les témoins de l’histoire culturelle de la rotation terrestre et de ses pôles

« La rotation de la Terre autour de son axe et donc de ses pôles engendre nos premières mesures du temps cycliques : l’alternance jour-nuit en relation avec le rayonnement solaire, le rythme des marées lié à l’attraction lunaire. Mais ses effets se déclinent physiquement sous bien d’autres facettes, des plus triviales aux plus vitales. Des spirales qui vident lavabos et baignoires aux tourbillons océaniques et atmosphériques qui transportent la chaleur de l’équateur vers les pôles ; de l’orientation des boussoles aux ceintures électromagnétiques qui protègent la Terre de rayonnements solaires ou cosmiques violents, ses conséquences sont innombrables. Si les phénomènes temporels, spatiaux et énergétiques terrestres sont ainsi « embobinés » ensembles par cette rotation, ses effets se déclinent aussi culturellement, mettant en jeu des présupposés philosophiques et religieux, mais aussi des compétitions technologiques et médiatiques. L’évolution de ces connaissances et de l’imaginaire qui les accompagne tisse une longue histoire où s’affrontent d’un côté le désir récurrent de la fixité avec ses nombreux partisans et de l’autre le difficile pari de la mobilité avec ses rares hérauts. Sans remonter à l’Antiquité, la chronique de la rotation terrestre part de l’affirmation par Galilée de son existence jusqu’à sa démonstration tangible par Foucault, aboutissant dans les années 1950 au constat de ses irrégularités grâce aux horloges atomiques ou encore aux récentes études de ses variabilités temporelles et géographiques par des chercheurs associés au système Doris. Pour les horlogers de la Terre que sont les géodésiens d’aujourd’hui, DORIS (Détermination d'Orbite et Radiopositionnement Intégré par Satellite), système embarqué sur des satellites d’observation de la Terre relié à plus de cinquante balises du même nom réparties sur toute la surface du globe, permet grâce à ses mesures d’une précision inégalée, de dévoiler irrégularités et des variations en lieu et place des régularités ou des fixités longtemps imaginées. De cette véritable saga de l’axe terrestre et de ses pôles, le patrimoine culturel spatial, qu’il soit instrumental ou documentaire, peut témoigner dans ses aspects les plus spectaculaires.

1851, la presse et le pendule de Foucault...

A la lecture de la presse en 1851, l’expérience de Léon Foucault peut être considérée comme un événement scientifique largement médiatisé par la presse, nationale et internationale. Elle rencontre par conséquent un large succès populaire.
En relayant l’événement, la presse nationale a en effet incontestablement donné à ses lecteurs l’envie d’aller le voir : malgré de fortes intempéries et une épidémie de grippe, la foule se précipite pour aller voir le pendule au Panthéon !

Une presse nationale enthousiaste

Le dépouillement de deux des principaux journaux publiés en Franche-Comté à la fin du 19e siècle les quotidiens L’Impartial (1829-1858) et l’Union Franc-comtoise (1846-1887), pour les mois de février et mars 1851, indique l’absence d’articles sur l’expérience du pendule de Foucault.

La presse nationale en revanche se montre assez disserte sur le sujet : Le National, l’Univers, Le Siècle, Le Constitutionnel, L’Illustration, La Presse, Le Journal des Débats, journaux dont certains ont de gros tirages (comme Le Siècle), publient régulièrement des articles durant ces deux mois.
Entre 1842 et 1862, Léon Foucault est lui-même chroniqueur au Journal des Débats1, dans lequel il publie des « feuilletons scientifiques ». Il peut être ainsi considéré comme l’un des premiers journalistes scientifiques. Le 31 mars 1851, premier jour de présentation au grand public de son expérience au Panthéon, il publie une large communication au Journal. Ce texte est ensuite publié en grande partie par l’Illustration2 le 5 avril 1851, le journaliste jugeant Foucault comme un vulgarisateur compétent (« Nous aurions eu à essayer nous-même une explication. Le savant auteur de la démonstration expérimentale du mouvement de rotation de la Terre nous a épargné la tâche difficile : nous lui empruntons une grande partie de l’article qu’il a publié dans le Journal des Débats »).

Débat entre catholiques et anti-cléricaux

En 1851, le parallèle entre la position de Foucault et celle de Galilée au 17e siècle était tentant pour la presse, notamment en raison des tensions d’alors entre le républicanisme anticlérical et le catholicisme : « Entre les paroles de l’évêque et celles de l’astronome, choisissez », écrit alors Terrien (Le National3, 26/3/51). Dans La Presse4 de 1851, on peut lire « en présence de ce phénomène, rendu palpable aux intelligences les plus ordinaires, il est impossible de ne pas conclure, en dépit du mandement de l’Evêque de Chartres, que la Terre tourne d’Orient en Occident ». Roger H. affirme de son côté : « M. Foucault se proclame hérétique à la façon de Galilée » (Le Constitutionnel5, 15 mars 1851). Enfin, dans Le Siècle6, Ph. Blanchard affirme : « Les idées religieuses n’ont pas peu contribué à maintenir le monde dans cet immobilisme physique et intellectuel. Au lieu de se rendre aux idées si simples et rationnelles de Galilée (...) on craignait, en émettant la pensée que la Terre pouvait bien se permettre de se mouvoir (...) de donner un démenti à la Bible ».

Cependant, l’Univers7, quotidien dont la devise est « Catholiques avant tout », ne verra rien de répréhensible à cette expérience, estimant même que le Panthéon « doit être tout fier d’avoir enfin reçu une occupation honnête ».

Médiatisation internationale

La forte médiatisation de l’expérience de Léon Foucault permettra sa large diffusion internationale : dès le 22 mars, l’Angleterre était informée grâce à la Library Gazette. Le Times et Le Punch prennent rapidement le relais. Ainsi, dès le 9 avril un pendule oscillait à la Russel Institution de Great Coram Street à Londres, avec un succès considérable. « L’expérience (du pendule) est si simple que le moins qualifié de vos lecteurs peut s’y essayer », écrit un certain H.C. dans une lettre au Times de Londres (le 11 avril 1851). Quelques mois plus tard, des pendules sont installés en Italie, en Suisse et aux Etats-Unis...

Notes :
1 Tirage en 1846 du Journal des Débats : 9 305 exemplaires. Châteaubriand écrit lui aussi régulièrement dans ce journal.
2 Tirage en 1848 de L’illustration : 35 000 exemplaires.
3 Tirage en 1846 du National : 4 280 exemplaires.
4 Tirage de La Presse en 1846 : 22 170 exemplaires.
5 Tirage du Constitutionnel en 1846: 24 771 exemplaires.
6 Tirage du Siècle en 1846: 32 885 exemplaires.
7 Tirage de l’Univers en 1846 : 4 158 exemplaires.

Le musée du Temps remercie vivement William TOBIN, Chercheur au Département de physique et d'astronomie à l'Université de Canterbury en Nouvelle Zélande, et auteur du passionnant ouvrage Léon Foucault (EDP Sciences, 2002). William Tobin a en effet très gentiment recherché dans ses 3000 pages de notes de recherche les éléments qui nous intéressaient. L'introduction de ce récit est de Jacques André, Observatoire de l'Espace du CNES.»