Musée des Télécoms
Construit à côté du Radôme, il offre un parcours thématique à travers l’histoire des télécommunications.

Le Radôme, Site de Cosmopolis, 22560 PLEUMEUR BODOU
Tel : +33 (0)2 96 46 63 80

www.leradome.com

———————————————————————————————————————————————————

L'objet:

Antenne de
télécommunication


Première antenne de télécommunication à avoir servi, en direct, à la transmission transatlantique des images de télévision avec les États-unis via le satellite Telstar1, le 11 juillet 1962.

——————————————————————————————————————————————————

Le récit :

Récit par Michel Guillou, ingénieur et doctorant en Histoire des Techniques

L’antenne de Pleumeur-Bodou

« En 1962, la population de Pleumeur-Bodou, dans les Côtes d’Armor, a vu fleurir dans la campagne un ballon blanc sans connaître exactement sa fonction. On parlait de satellites, de fusées ; à cette époque de Guerre Froide, il y avait beaucoup de craintes. Cela dit la population n’ignorait pas ce qu’il y avait sous cette bulle : une immense antenne, le cornet (une grosse pipe comme disaient certains à l’époque). C’était un élément essentiel dans cette technique naissante des télécommunications par satellite. L’antenne a des dimensions imposantes : d’un poids de
340 tonnes, 53 mètres de long, c’est en quelque sorte un mécano géant de précision avec par exemple une précision horizontale des rails de
0,13 mm.
L’antenne est si fragile que l’on devait la protéger des variations importantes de température qui risquaient de la déformer et d’altérer ses performances radioélectriques. Cette protection, c’est le radôme, cette bulle blanche sous laquelle l’atmosphère est maintenue dans des conditions constantes de température ; elle est tellement grande qu’on peut y mettre l’Arc de Triomphe.

La construction de cette antenne est le résultat de la rencontre d’une ambition nationale du Centre de National d’Etudes des Télécommunications (CNET) impulsée par son directeur, Pierre Marzin, avec des projets internationaux américains de la NASA. Elle découlait ainsi des accords de février 1961 pour une collaboration dans le projet de satellites de télécommunications Relay développé par l’agence civile américaine.
Le CNET avait déjà réussi en août et en décembre 1960 la réception de signaux réfléchis sur le satellite passif ECHO, un ballon de 30 m de diamètre à surface réfléchissante lancé en orbite à 1700 kilomètres d’altitude par une fusée. Pour ce faire, il avait installé à Nancay une station de réception construite par la Compagnie Générale d’Electricité (CGE). Mais il était impossible d’émettre depuis ce site parce qu’il était aussi occupé par une station de radioastronomie captant des signaux très faibles. Le CNET choisira alors d’implanter, dans la région de Lannion (22), une station expérimentale pour participer au projet Relay. Quelques mois plus tard, l’opérateur téléphonique privé américain AT&T lance un projet en collaboration avec la NASA qui prendra le pas sur Relay : le projet Telstar.

Après quelques études, le CNET prend conscience de l’incapacité française à réaliser un équipement performant dans le délai très limité qui est imparti par le planning du projet, c’est-à-dire moins de 12 mois. Sous l’impulsion de son directeur, le CNET décide d’acheter du matériel technologique américain pour une partie de sa future station de Pleumeur-Bodou. Elle sera la réplique d’une station installée à Andover, dans l’Etat du Maine aux Etats-Unis, mise en place dans le cadre du projet Telstar par les Bell Labs (les célèbres laboratoires de l’AT&T).
Le centre des PTT s’appuiera sur son partenaire industriel, la CGE, pour assurer la réalisation d’une partie de la station et la mise en place du matériel américain.

La construction se fera en un temps record malgré de nombreuses difficultés techniques imprévues, et des conditions météorologiques exécrables ; par exemple le radôme provisoire de protection se déchirera à deux reprises. Cet acharnement aboutira à la nuit historique du 10 au 11 juillet 1962 avec la réception de la première image de télévision par satellite au-dessus de l’océan Atlantique.
Il est possible de mesurer le chemin parcouru dans le domaine de la réception des ondes depuis 1962 en faisant le parallèle entre les dimensions de cette antenne et celle des paraboles pour la réception des émissions de télévision par satellites qui équipent de plus en plus de foyers en France.

La volonté de garder l’antenne et son enveloppe de protection, qui est aujourd’hui une pièce unique au Monde, fut prise dès 1982 lors du 20ème anniversaire de la première liaison et avant l’arrêt de son exploitation en 1985. L’antenne fut visitée dès le début de son exploitation. Avec l’arrivée du Musée des télécommunications en 1991, elle constitue désormais l’un des espaces thématiques consacré aux télécommunications par satellite dans cet établissement. »