Musée zoologique

Un monde fascinant à découvrir au travers de vitrines évoquant des paysages comme l’Arctique ou l’Antarctique, les Andes ou les bords du lac Tanganyika.

29, boulevard de la Victoire, 67000 STRASBOURG
Tel : +33 (0)3 90 24 04 85

www.musees-strasbourg.org

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L'objet:

Lémuriens

Lémuriens suivis par satellite grâce à des balises GPS.

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Le récit :

Récits mis à jour par Marie Dominique Wandhammer, directrice du Musée Zoologique de Strasbourg

Madagascar et les premières explorations françaises

« Etienne de Flacourt, alors Directeur Général de la Compagnie Française de l'Orient et Commandant pour sa Majesté de ladite île et des îles adjacentes, explore Madagascar entre 1655 et 1657. Il se limite alors aux contours de la grande Ile. Difficile en effet avec les moyens de l'époque de pénétrer plus avant dans cet environnement foisonnant et ce d'autant plus que l'altitude augmente au fur et à mesure que l'on pénètre à l'intérieur des terres. Il ramène de son séjour une "Histoire de la grande isle Madagascar", une description pittoresque et haute en couleurs.

Deux siècles après, en 1865, Alfred Grandidier débarque à Madagascar pour la première fois. Lors de deux autres séjours, il explore l'île de long en large, parcourant plus de 5 500 km à l'intérieur des terres et sur les côtes. Rassemblant toutes les données collectées, il publiera "L'histoire politique, physique et naturelle de Madagascar" en 40 volumes qui intégrera une carte générale et des études approfondies en minéralogie, géologie et zoologie. Les makes ou lémurs font l'objet de longues observations et descriptions relativement scientifiques.
Son récit et sa passion pour ce pays furent les initiateurs des nombreuses recherches menées sur Madagascar. Les scientifiques, tant botanistes que zoologistes, lui ont d'ailleurs dédié de nombreuses espèces. La collection de lémuriens du Musée Zoologique date de son époque .

Récit d’Etienne de Flacourt, 1657

Récit d’Alfred Grandidier, 1865
Madagascar possède une famille de quadrumanes, les Makes, qui lui est propre, dont on ne retrouve de représentants nulle part ailleurs, et que Linnée a appelée Lémur. Bien connue aux  « Iles de France et Bourbon » ainsi que dans les collections des Musées d'Europe par la grande make tachetée de noir et de blanc, que les marins y apportent, cette famille l'était cependant fort peu dans ses nombreuses variétés. Mon récent voyage m'a permis d'étudier ces animaux dans leur région naturelle, en les surprenant souvent le matin par groupes considérables en traversant l'Almazant. J'ai constaté huit variétés de ces lémuriens, bien distinctes les unes des autres par leur taille, leurs pelages et leurs mœurs; elles vivent pour la plupart dans la même région, mais sans jamais se mélanger. Ce même voyage m'a permis de rectifier une erreur accréditée depuis longtemps sur cet animal appelé Baba-Kout par les Malgaches, et qu'on nous avait dépeint jusqu'à présent comme un gros singe à figure presque humaine. Il n'y a point de singes à Madagascar; j'ai acquis la certitude de ce fait. Le baba-kout n'est rien d'autre chose qu'une énorme make sans queue, atteignant la hauteur de 1 mètre et même de 1 mètre 50 centimètres. Il représenterait, dans l'ordre des Lémuriens, le chimpanzé dans l'ordre des singes proprement dits. Le baba-kout a le même pelage que la make tachetée de noir et de blanc; sa physionomie toujours triste comme son cri, provoque l'étonnement. Il ne vit que quelques jours en captivité et se laisse mourir d'inanition. On ne peut comparer son cri qu'au hurlement des chiens qui subissent l'attache pour la première fois.

Après le baba-kout, et toujours parmi les lémuriens, vient un animal que je n'ai encore vu décrit dans aucun ouvrage d'histoire naturelle et que Flacourt mentionne sans indiquer son nom malgache, c'est le Chimpo, remarquable surtout par son museau beaucoup moins allongé. Il servirait très bien, pour les naturalistes qui cherchent les transitions dans l'ordre zoologique, de passage entre les makis et les singes. Le chimpo présente une autre particularité anatomique : les dents incisives de l'arcade supérieure manquent comme chez les ruminants. J'en ai constat deux variétés bien distinctes : l'une grande, au pelage jaune et roux, et l'autre plus petite, de couleur entièrement grisâtre.
Enfin vient une toute petite variété de cette famille, qui est de la grosseur de notre écureuil européen. Ce petit lémure vit dans les feuilles du Ravelana, où il rencontre sa nourriture parmi les insectes et les fruits qui sont à sa portée.

Le plus gracieux de ces animaux est, sans contredit, la petite make au pelage grisâtre et roux, bien connue des voyageurs par sa prompte familiarité : elle passe de l'état sauvage à la domesticité en trois ou quatre jours et finit par devenir un hôte intéressant au milieu de ces solitudes.

La biodiversité faunistique de Madagascar au regard des technologies du 21ème siècle

Depuis Etienne de Flacourt et Alfred Grandidier, la connaissance de Madagascar et de sa faune, en particulier celle des lémuriens, s’est affinée, mais depuis un problème crucial s’est fait jour : celle de la protection de l’environnement faunistique et floristique malgache, hautement endémique et fortement menacé. D’ailleurs Madagascar fait partie des treize pays ayant bénéficié d’une aide spécifique pour préserver sa biodiversité (programme « Hot Spot »). Dans cette problématique, les nouvelles technologies ont naturellement trouvé leur place, à l’exemple du GPS, outil précis permettant le repérage dans l’espace et dont l’utilisation est indispensable à la mise en œuvre des programmes de conservation.

Pour mieux le comprendre, suivons sur le terrain un scientifique (H. Raveloson) qui s’intéresse à une espèce de lémurien qui semble fortement menacée.

Dimanche 9 h
Départ dans la forêt. Mon premier travail consiste à évaluer la densité des animaux. Le long d’un parcours rectiligne de direction nord-ouest (longitude … ; latitude…) déterminé grâce au GPS, je comptabilise tous les individus de l’espèce étudiée rencontrés. J’effectue un premier trajet le matin, un deuxième dans l’après-midi. Pendant plusieurs jours, toujours muni du GPS pour ne pas dévier de ma route, je referai ces mêmes allers-retours. Ces différents comptages me permettront d’évaluer le nombre d’individus par kilomètre. Les fortes densités m’indiqueront les lieux où les animaux se sentent le plus en sécurité.

Mais je sais qu’après une autre tâche m’attend. Je devrai m’atteler à la seconde étape de mon travail : le suivi journalier des individus. Je m’attacherai tout d’abord aux pas de l’individu « pelipelika », depuis le départ de son habitat de nuit jusqu’à son retour à ce même point. Dans un carnet de terrain, toutes ses activités (toilettage, alimentation, repos…) seront retranscrites et les coordonnées précises de chaque lieu où il les pratique repérées grâce au GPS. Les jours suivants et pendant plusieurs semaines, les différents individus du même groupe feront l’objet du même suivi attentif. Tous ces suivis me permettront de mieux cerner l’utilisation de l’espace et du budget temps par l’espèce étudiée. Il me faudra aussi comparer les comportements observés avec des modèles d’étude prédéfinis pour noter des comportements atypiques, souvent signes de pression anthropomorphique.

L’ensemble des données recueillies permettra de délimiter de façon précise le territoire du groupe et ainsi de définir une zone à protéger. Elle comprendra la zone où les animaux se sentent en sécurité ainsi qu’une zone tampon, extérieure à la première. Le statut de protection (non accessibilité, accessibilité partielle, temporaire…) sera défini en fonction du niveau de protection à appliquer.