
L'Espace inspire les Beaux Arts
Vendredi 27 et samedi 28 juin derniers se tenaient les portes ouvertes des Beaux-Arts de Paris. Dans l’atelier de Marc Pataut, un mur était dédié à l’Espace…
Pour la petite histoire
Marc Pataut est enseignant et responsable – en binôme avec Patrick Faigenbaum – de l’atelier consacré à la photographie et au multimédia à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. En janvier dernier, Gérard Azoulay, responsable de l’Observatoire de l’Espace, est venu proposer à ses étudiants d’élaborer une réflexion d’ordre plastique autour des dix mots choisis en 2008 par le ministère de la Culture et de la Communication , tout en incluant la thématique spatiale – à l’instar des écrivains participant à la revue Espace(s) et des apprenants du français, auteurs des Carnets spatiaux. Un défi pour les jeunes gens, peu habitués à la contrainte des mots !
«Au début, nous étions partis sur l’idée de fabriquer tous ensemble un livre ou une revue d’artistes inspiré du principe du cadavre exquis, raconte Marie-Sybille Lainé, une des participantes, mais cela s’est révélé bien trop compliqué à mettre en place». «En fait, pour que cela fonctionne, il ne fallait pas prendre ces mots au pied de la lettre», raconte Marc Pataut. Dès lors, les élèves ont surtout cherché ce que l’Espace représentait pour eux, individuellement. Six d’entre eux ont pu exposer leur travail les 27 et 28 juin, lors des portes ouvertes des Beaux-Arts. L’occasion d’une petite présentation…
Dix mots dans l’Espace

Benoît Piéron, qui a choisi le mot « s’attabler », présentait une ébauche d’un plaid de pique-nique utilisable dans l’Espace, de forme et de matière comparables aux ballons stratosphériques utilisés par le CNES, décoré de « fleurs » de tissus conçues d’après la disposition des étoiles dans la Constellation de la Table... « Mon médium de travail est souvent le tissu. Ici, je me suis inspiré de la communauté des Amish, de leur sobriété, de leur art du patchwork et du kilting (fabrication de kilts). Au final, c’est plus une réflexion philosophique qu’une réalisation pratique. »

De son côté, Manon Recordon a choisi les mots « visage », « passerelle » et « jubilatoire » pour réaliser un diptyque en noir et blanc : une première photo (la sœur de Manon) éclairée par une seconde (un hors-champ), une passerelle s’établissant entre les deux (la grotte où furent prises les photos). Le tout réalisé par une photographe qui jubilait… « Quand on me dit Espace, je pense cinéma, et quand on me dit cinéma, je pense photo, et inversement. Ici, j’ai voulu représenter l’Espace dans l’idée du hors-champ, de l’ailleurs ».

Marie-Sybille Lainé a aussi choisi le mot « passerelle », mais l’a interprété de façon très différente. « Le point de vue est pour moi une donnée fondamentale en photographie. J’ai pris le mot passerelle comme une métaphore pour dire qu’à chaque fois qu’on observait quelque chose, suivant la distance/l’épaisseur à laquelle on l’observait, on passait dans un autre repère ». Et, de fait, sa photo de torrent faisait penser à tout (et en particulier à des photos de la Terre vue du ciel) sauf à un torrent !

Natalia Jaime-Cortez est vidéaste et performeuse. Elle présentait une vidéo en trois parties (3x3 minutes), d’abord un plan serré d’elle manipulant des objets de toutes formes emballés de tissu blanc (mot « apprivoiser »), puis un autre plan serré où elle tentait de délimiter l’espace de ses seules mains (le mot « tact ») et enfin un plan plus large où l’on ne voyait que les objets qu’elle lançait en l’air (« jubilatoire »). « Je voulais montrer ici le rapport du corps aux objets, ce que les différents volumes disent du corps, le tout dans l’espace sélectionné par la vidéo », a-t-elle expliqué.

Lucy Watts (étudiante du pôle Impression, coordonné par Wernher Bouwens) travaille sur la relation entre le texte et l’image. Elle présentait deux impressions offset autour du mot « boussole ». « En piochant des mots dans les champs lexicaux des mots Espace et boussole, je constitue un univers. Le sens des phrases importe peu, ce qui compte c’est l’écriture comme image poétique. J’utilise l’imprimé offset car il est moins spontané que le carnet de croquis, et plus poétique, plus distant. Je veux désorienter les lecteurs dans leur lecture, et que chacun se fasse son film en « lisant » mes images… »
Romaric de Meyer a choisi les mots « toi », « visage » et « apprivoiser ». Lors de ces portes ouvertes, il présentait une ébauche de son projet : trois photographies dont deux études de neige et une photo de rivière. « Je ne sais pas encore comment je vais les travailler, sûrement avec du fusain. Ce qui m’intéresse, ce sont les effets de matière et d’échelle rendant compte d’univers terrestre, extraterrestre et aquatique, soit l’expression lyrique de la matière. Je veux montrer comment on peut parler de l’Espace avec la photographie ».
Deux autres élèves (Etienne Fouchet et Antoine Yoseph) vont participer à ce projet entre l’Observatoire de l’Espace et les Beaux-Arts. Dans quelques mois, ils seront donc huit à présenter leur œuvre finalisée dans un centre ou une galerie d’art, un rendez-vous que nous ne saurions manquer !
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