A propos du spectacle de Pierre Meunier

Cet homme est un drôle d’oiseau. Fasciné par les questions de pesanteur, de gravité, de vide, de mouvement, il veut partager sa passion avec le public. Ainsi son spectacle, « Au milieu du désordre » se présente comme une passionnante conférence-démonstration sur… le tas ! Seul en scène, Pierre arrange le son, la lumière et un tas de pierres au centre du plateau, dont il nous a d’abord fait éprouver le poids et les aspérités. Il dévoile ensuite des assemblages de ressorts et de cailloux suspendus, dont les ombres portées font parties intégrantes. Pendant plus d’une heure, ce drôle de professeur nous embarque dans son interrogation sur le tas et les lois qui le régissent, notamment l’angle de la pente du tas, toujours à 35°, et le pourquoi de l’effondrement : on expérimente la catastrophe, la chute, l’envol, on s’étonne, on sourit, on rit, on est ailleurs… Cette pièce nous ramène à nos sensations, nos perceptions. Une véritable expérience philosophique, qui illustre l’importance de laisser le temps au temps et la nécessaire attention du regard porté sur les choses et les gens.



Entretien avec Pierre Meunier


Rencontre avec une tortue

Après dix minutes de pause (le temps de redescendre sur terre - et dans une autre salle du théâtre -), la deuxième partie de soirée a démarré, ouverte à tous. Intitulée « L’Espace s’envole », la programmation de l’Observatoire de l’Espace portait, comme son nom l’indique, sur l’envol. Un thème dans la lignée des recherches de Pierre Meunier, mais traité ici à travers une tortue-luth, des ballons et des pleurodèles ! Expliquons-nous : l’écrivain et cinéaste Gérard Mordillat a ouvert le bal avec la lecture de son texte « Le vol de la tortue », conçu en 2004 pour l’Observatoire à l’occasion de la 9 e Semaine de la langue française et de la francophonie. Une vision décalée du thème de l’envol, où l’on découvrait qu’une balise Argos pouvait, dans certaines conditions, se transformer en téléphone mental, qu’une tortue-luth de Clipperton envoyée par hasard en orbite dans la stratosphère avait les mêmes pensées qu’une ménagère de moins de 50 ans et que ses pensées, suivant les pays qu’elle survolait, s’exprimaient « en français du XVIIe au-dessus des îles Marquises, en slang au-dessus du Bronx, en Inuit au-dessus du Pôle, de droite à gauche au-dessus de la péninsule arabique et en tortue au-dessus de l’île de la Tortue… » ! Un texte plein d’espièglerie, qui résonnait encore pendant la projection qui a suivi : un beau « lâcher » de ballons stratosphériques, sur une musique d’Eric Satie.

 

La malice au programme

Après l’humour de Mordillat, nous sommes passés à celui de Michel Viso. Ce spécialiste en exobiologie du CNES a réalisé une véritable conférence-show sur la rencontre, dans l’espace, de l’ovule et du spermatozoïde ! Avec un sens de la scène, du suspens et un pouvoir comique que lui envieraient bien des comédiens, il a raconté l’histoire des essais de reproduction et de gestation sur des animaux dans l’Espace, et en particulier les recherches des scientifiques français sur les pleurodèles (une espèce de salamandre). Où comment démythifier en un quart d’heure les travaux des scientifiques en dévoilant tout le bricolage terre-à-terre qui se cache derrière leurs expériences ! Tests sur des chiffonnettes à vaisselle pour héberger les femelles pleurodèle en milieu humide, conception de boîtes à œufs à la fois étanches et permettant l’oxygénation, conception d’un conteneur aux formes asymétriques pour le retour sur Terre en Soyouz avec housse cousue par la grand-mère d’un des chercheurs… Dix ans d’essais et de péripéties avant de voir aboutir leur projet, mais des résultats passionnants : la rencontre en micropesanteur de l’ovule et du spermatozoïde est possible et féconde, et les modifications importantes des cellules libres en micropesanteur n’empêchent pas au bout du compte le développement d’adultes « présentant tous les signes extérieurs de normalité »… A quand la reproduction des mammifères dans l’espace ? « On y pense », assure Michel Viso. Ce à quoi certains ont dû se demander si leurs petites-filles ou arrière-petites-filles s’envoleraient un jour accoucher dans l’Espace…

 

Pour terminer en rire et en beauté

Pierre Meunier est remonté sur scène commenter un film réalisé par l’Observatoire de l’Espace sur les essais d’envol - et donc les chutes – de l’Espace. Un quart d’heure d’humour pince sans rire sur des images d’archives passionnantes, des fusées amateurs aux modèles contemporains en passant par les V2 nazies, le premier rat dans l’Espace, le premier singe, le vol de Claudie Haigneré, etc. On en voulait encore ! Espérons donc que l’expérience soit bientôt renouvelée, et en attendant, on peut toujours revoir Pierre Meunier, au Théâtre de la Bastille jusqu’au 17 mai et en livre-DVD aux éditions Les Solitaires Intempestifs.