La fabrique des icônes de l'Espace

Lundi 8 juin 2009, 19h

Les hommes de l’espace sont au centre de processus qui les dépassent. Ils sont dépossédés de leur capacité d’agir au profit de processus beaucoup plus complexes faisant intervenir un grand nombre d’acteurs, de machines, d’ordinateurs.

Alors, « héros ou cobayes »  les astronautes?




En préambule : le texte Faces, faciès, façades, de Patrick Delperdange, écrivain bruxellois, lut par François Raison, comédien




Puis Bruno Rougier, journaliste à France Info, convia Michel Viso exobiologiste au CNES et Pierre Lagrange, sociologue des sciences dans cette mystérieuse investigation des icônes du spatial




Selon Pierre Lagrange, la première icône fut la chienne soviétique Laïka morte en vol, puis un autre soviétique Youri Gagarine. L’américain Neil Armstrong se joignit au cercle fermé des figures de l’espace en 1969. Côté français Jean-Loup Chrétien et Claudie Haigneré complètent le tableau..

Et qui nommer aujourd’hui?

Les nouveaux héros se nommeraient-ils Hubble, Huygens ou Planck et Herschel. Du premier, nous nous souvenons des fantastiques images de la nébuleuse de l’Aigle. Du deuxième, nous avons retenu l’émotion de la découverte de la surface de Titan, un sol totalement inconnu pour l’humanité. Une surprise totale. Des autres, nous attendons qu’ils nous épatent. Mais tous ces héros sont des engins spatiaux, des machines




Pierre Lagrange raconta l’anecdote du géologue envoyé sur la lune. Celui-ci ne ramena pas sur Terre les mêmes échantillons qu’un robot ou même qu’un astronaute non spécialiste. Son expérience de géologue a fait la différence. Pourtant tout se passe comme si la technologie du résultat, l’image avaient remplacé l’humain, ou plutôt comme si le risque n’était plus une composante de l’exploration de l’espace.

Michel Viso se demandait qui aujourd’hui envierait la vie de l’astronaute dans la station spatiale internationale ? Il ou elle travaille et vit dans un espace confiné où tout est programmé à l’avance. Si l’astronaute fait rêver c’est uniquement parce qu’il s’agit d’une activité professionnelle rare issue d’une sélection drastique. Cette rareté ne crée cependant pas assez de singularité pour fabriquer des icônes ou simplement des héros




Bruno Rougier proposa alors au public de poser des questions.

Une question du public : Ne ferait-on pas mieux de s’occuper des humains sur Terre? « La science ne pense pas » aurait écrit Heidegger.

« Etre humain » signifie depuis extrêmement longtemps : utiliser des outils pour satisfaite sa curiosité, être plus performant ... L’humain sans outil n’aurait pas survécu. La science ne déshumanise pas ; elle est une activité proprement humaine. Une cathédrale, lieu de « spiritualité » est aussi un défit scientifique et technique. Toute chose étant égale par ailleurs, les activités spatiales sont aussi complexes qu’une cathédrale.

Une autre question depuis le public : Les taïkonautes pourraient prendre des risques nouveaux et de devenir ainsi des icônes ?

Dans les années 60, la guerre froide signifiait la concurrence acharnée entre l’URSS et les USA. Aujourd’hui, en ces temps de coopération internationale spatiale, les chinois pourraient bien susciter de nouveaux défis d’ici 2025. Tout est une question de rapport au temps et peut-être d’orgueil

Une nouvelle question du public : Aller sur Mars serait-il un exploit ?

Le souci de l’envoi d’humain sur Mars est d’abord d’ordre psychologique: l’enfermement et le confinement qui sont sources de stress au sens médical et psychique du terme, sont même considérés comme des tortures par l’ONU. Pour aller sur Mars, il faudrait 3 ans sans aucun moyen de demi-tour ou d’abandon du vaisseau. Et quelle serait la réaction de quelqu’un qui ne verrait plus la Terre ? Les irruptions solaires représentent le deuxième danger. Elles sont létales et difficilement gérables à l’heure actuelle. Enfin, à ce jour, beaucoup de missions martiennes ont échoué…

Mars apparaît comme un vrai rêve d’exploration dont on n’arrête pas de recommencer d’envisager le projet.

Une dernière question : Faut-il qu’il y ait risque pour avoir des héros ?

Michel Viso évoqua les incidents dramatiques de l’équipe de… sur la station MIR en 1997 (Incendie, fuite d’oxygène, accidents, etc.…). Bref, de gros risques pour l’équipage, mais peu de médiatisation. Il s’agissait de « professionnels du spatial ». L’émotion n’étant pas au rendez-vous, ils ne pouvaient pas devenir des héros. En revanche, Christa McAuliffe, la jeune institutrice à bord de la navette Challenger qui explosa, est la seule qui soit restée dans les mémoires, un peu.  Elle était porteuse de singularité.

Gagarine, Terechkova ou Armstrong furent des icônes, des incarnations de la réussite de toute une nation, porteurs de singulier.

Aujourd’hui  Zhai Zhigang, le taïkonaute chinois est déjà dans les livres scolaires chinois  : un héros certes, mais pas une icône.

21h30 : fin

 

 

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