La réalité de la surveillance et du contrôle de la Terre

Lundi 4 mai 2009, 19h.

Sur le parvis de Beaubourg, beaucoup de monde, comme d’habitude, mais une légère tension. Les policiers sont nombreux. Pourquoi ?

Passé les portiques de détection à l’entrée de Beaubourg, nous nous dirigeons vers la petite salle du niveau -1

Notre légère paranoïa nous conduit à écouter André Husson du Centre national d’études spatiales (CNES) et Thierry Rousselin, consultant en information géospatiale, le programme annonce La réalité de la surveillance et du contrôle de la Terre.




Prélude : François Raison, comédien, lit Passe-partout sur le net et dans le ciel d’Emmanuel Pierrat.




Fabienne Chauvière, journaliste à France Inter, amorce le débat :
Alors sommes nous dans une situation similaire au texte que l’on vient d’entendre ?

Thierry Rousselin : Ce texte serait un résultat du développement des technologies de l’imagerie. Depuis 1983, nous connaissons tous les « images satellite », celles diffusées chaque soir à la télévision. Puis récemment, Google Earth proposa la consultation de l’image satellitaire au grand public et tout son cortège d’espérances mais aussi de peurs. L’espérance : pouvoir sauver des vies avant l’arrivée d’un tsunami, comme nous l’expliquera André Husson ; la peur : être identifié formellement n’importe quand, n’importe où.

Certes tout est possible, mais pas avec les mêmes outils. Le satellite en orbite basse utilisé pour identifier un élément précis du paysage doit utiliser un système optique réalisant des clichés du « visible» interprétable pour l’humain, afin de voir et donc d’identifier cet élément. Puisque le satellite optique ne rend compte que du visible, si un nuage est sur la trajectoire, l’image prise sera… un nuage et non ce qu’il souhaitait observer.

Pour traverser ce nuage, il faut un système radar ou infrarouge, qui traverse la matière en quelque sorte. La résolution n’est plus alors la même. Et même si on pouvait avoir une résolution suffisante, l’individu sur l’image ne serait plus un visage au sens humain du terme ; les données produites ne forment pas un portrait reconnaissable.

Fabienne Chauvière : Comment font les militaires alors ?




Thierry Rousselin : Le satellite idéal n’existe donc pas. Il faut choisir entre haute définition et étendue d’observation. Or la haute définition nécessite encore de disposer d’un satellite sur une orbite basse, là où il est le plus susceptible de brûler par frottement sur les couches denses de l’atmosphère. Durant la Guerre froide, moins aujourd’hui, un engin de ce type ne durait que quelques jours. Il faut donc coupler plusieurs systèmes satellitaires et jouer du délicat équilibre entre la chute et l’imprécision. 

Les systèmes de surveillance aériens sont beaucoup plus performants pour ce genre d’action que le satellite. Un exemple : pour surveiller Strasbourg durant le dernier sommet de l’OTAN, les satellites, trop imprécis et toujours mobiles, n’auraient jamais réussi la performance du dirigeable qui survola la ville durant plusieurs jours.

Puis Fabienne Chauvière  donne la parole à André Husson.




André Husson :
Les satellites de surveillance en orbite géostationnaire  sont devenus vitaux pour la prévision et la gestion des catastrophes naturelles. Ceux utilisés pour l’observation de la Terre. Ainsi la surveillance en continu des glaciers, des océans ou des inondations permet de mettre en œuvre des secours adaptés en cas de catastrophe, mais aussi d’aider les pécheurs à trouver des bancs de poissons ou de repérer un navire qui dégaze.

Pour que cela soit possible, il faut de nombreux satellites ; plusieurs pays ont signé une charte en ce sens pour optimiser la surveillance.

A l’heure actuelle, les performances des satellites sont telles qu’il est impossible d’ignorer les prémisses d’une sécheresse ou d’une famine. L’ignorance et la surprise sont davantage une question de volonté politique que de qualité d’information fournie.

Sur l’écran de projection, plusieurs cartes démontrent le cheminement d’une sécheresse à grande échelle sur un an.Terrible !

Fabienne Chauvière se renseigne sur le devenir des images produites.

Il ne suffit pas de produire des milliers d’images par jour, il faut des ingénieurs pour les interpréter. Ainsi, 99% des images ne seront jamais analysées. Elles seront stockées, mais pour combien de temps ? Pourront-elles seulement être lues dans quelques années ? Les systèmes d’exploitation évoluent rapidement. De l’archive certes mais illisible.

Fabienne Chauvière  invite le public à prendre la parole :
Le « On nous cache tout, on nous dit rien » ne tarde pas.

Thierry Rousselin explique que l’inquiétude engendrée par la surveillance des satellites est davantage un sentiment qu’une réalité.

L’observation satellitaire est libre de droit(s) car il n’existe aucune frontière hors atmosphère. En revanche, les zones aériennes sont définies. Ainsi, parfois des «’images satellites » sont en fait des images aériennes, voir des images terrestres, nommées satellitaires pour rester dans le cadre des lois.




21h30 : la soirée s’achève.

Nous savons à présent que si un satellite nous repère en sortant, il faut qu'il n’y est pas de nuage, qu’il soit pointé là par un commanditaire et que…

Sommes-nous aussi important ?




 

 

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