L'Espace : patrimoine culturel

Pris dans son sens le plus large, l’Espace est un formidable levier permettant de soulever des questions fondamentales touchant à notre univers, à la façon dont nous l’explorons et le comprenons, mais aussi à la manière dont cette aventure transforme nos habitudes, notre mémoire, et nos représentations du monde. Les traces matérielles de cette investigation constituent un patrimoine que l’Observatoire de l’Espace s’attache à mettre en lumière. Ce patrimoine recèle une réelle richesse culturelle dont la découverte approfondie et l’étude peuvent révéler des incidences insoupçonnées de l’Espace sur notre histoire et notre société.
L’Observatoire de l’Espace, suite à sa réflexion sur le patrimoine lié aux activités spatiales et dans le but de proposer aux publics les plus larges les apports de l’Espace dans les multiples champs de la culture, a ébauché un premier périmètre de ce matériau patrimonial lié à l’Espace. Il peut être classé soit par nature patrimoniale, soit en fonction des activités spatiales dont il est issu.

Panorama du patrimoine spatial

Classification par nature
 • Le patrimoine instrumental est une composante essentielle de cet ensemble, il rassemble les objets et le matériel scientifique ou technique en lien avec les activités spatiales. En rattachant les pratiques spatiales contemporaines à des problématiques générales et donc antérieures à l’ère spatiale, on est amené à faire figurer dans ce groupe, « au second degré », certains instruments historiques en tant qu’ancêtres de nos outils modernes. Ainsi, les sextants, anémomètres, marégraphes, bagues ornithologiques, lunettes longue vue trouvent leur place dans cette catégorie.

• Le patrimoine immobilier
, qui est la forme patrimoniale la plus généralement reconnue, figure naturellement dans ce panorama, car le développement des activités spatiales a nécessité la construction d’installations spécifiques, dont certaines ne sont plus aujourd’hui en service, et sont pour partie classées monuments historiques.

• Le patrimoine documentaire rassemble les diverses images et données recueillies à l’occasion de programmes spatiaux, ainsi que les objets de représentation qui en sont issus, comme les cartes, ou encore des observations anciennes si l’on intègre la continuité historique. Il comprend également divers modèles scientifiques élaborés sous forme logicielle. On lui rattache aussi les plans techniques, scientifiques ou territoriaux en lien avec des éléments du patrimoine instrumental ou immobilier, les traités diplomatiques signés autour des activités spatiales, ainsi que, de manière générale, tout récit centré autour d’un objet. La forme des éléments est diverse : textes, iconographie, documents sonores ou audiovisuels, documents informatiques.
• Nous avons ensuite rassemblé sous le terme « exo patrimoine» les objets provenant de l’espace, ou pour lesquels un séjour dans l’espace a induit une modification significative et spécifique: matériaux solidifiés en microgravité, qui présentent des structures particulières ou micrométéorites collectées dans l’Espace.
• Le patrimoine vivant ou naturalisé rassemble les animaux touchés par les activités spatiales. Il comprend les animaux sujets d’expérimentation dans le cadre d’études physiologiques ou biologiques en lien avec des vols spatiaux, mais aussi les animaux suivis dans leur milieu naturel. Dans un sens large, les représentant des espèces considérées seront admis dans ce patrimoine.

Classification en fonction des activités spatiales

Les domaines d’activité auxquels se rattachent ces éléments sont également variés : on trouve tout d’abord le domaine des « Engins et Transports », depuis les débuts des activités aéronautiques jusqu’à la construction de lanceurs ou de navettes.

On trouve ensuite les « Techniques et Moyens », domaine rassemblant les études technologiques utilitaires telles que l’énergétique, le positionnement, les télécommunications, etc.

Dans le domaine des sciences fondamentales, nous avons opéré les regroupements suivants : le terme « Univers » rassemble l’astronomie, l’astrophysique, mais aussi la planétologie. « Terre » réfère à la géologie, l’étude du magnétisme, la minéralogie, mais aussi l’océanographie et la météorologie. Enfin, « Vie » comprend la biologie et l’exobiologie, la physiologie humaine, la zoologie, la botanique, l’étude des milieux.

Par opposition à ces études qui répondent à une démarche scientifique, le domaine « activités humaines » regroupe les usages finalisés ou économiques du spatial : ainsi les télécommunications, l’aide à gestion de ressources, les systèmes de contrôle et de gestion des risques.

Enfin le dernier domaine identifié est celui des « activités de défense et de souveraineté », reprenant la composante militaire de certaines activités et soulignant le rôle déterminant des enjeux de souveraineté dans l’essor du spatial.

La figure ci-dessous propose une lecture graphique des catégories exposées, et indique les éléments présents au sein du recoupement entre nature patrimoniale et secteur d’activité spatiale

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Nous sommes conscients que, pour chaque élément, le lien à l’Espace ne reflète parfois qu’un aspect de l’objet, mais il permet une mise en lumière particulière, réinscrivant cet élément de collection dans une perspective scientifique ou historique plus vaste. De là est née l’idée de favoriser ce passage en mettant à jour des récits liés aux objets patrimoniaux, récits à valeur documentaire mais aussi ayant valeur de témoignage

Le récit : un éclairage particulier
Le récit est un outil de médiation culturelle, qui souligne l’intérêt de l’objet et témoigne de l’activité humaine qui s’y rattache. Sa vocation n’est pas spécifiquement d’être scientifique ou pédagogique. C’est ainsi qu’à propos d’un moteur de fusée, il ne s’agira pas de vulgariser son fonctionnement mais, par exemple, de narrer les conditions dans lesquelles il a été conçu et réalisé, ou de relater les missions des engins qu’il a propulsé dans l’Espace, ou encore, d’expliquer quels objectifs il a permis d’atteindre ou non.

Le récit créé pour l’occasion ou simplement mis en lumière, peut prendre la forme d’un texte mais aussi d’une série d’illustrations, d’un entretien oral retranscrit. Son auteur peut être un scientifique, un historien, un conservateur, un amateur éclairé, ou toute autre personne spécialiste ou familière de l’objet. Ce récit possède plusieurs fonctions ; la première, expliciter le lien qui lie l’objet à l’Espace, et ainsi de permettre au lecteur d’associer mentalement l’objet à une catégorie du patrimoine spatial. À cette fin, le récit peut être l’occasion de replonger l’objet dans le contexte scientifique, historique et culturel auquel il appartient, tout en rappelant les différents enjeux dont il a été le centre depuis sa genèse jusqu’à sa postérité, et d’offrir ainsi au lecteur des repères essentiels souvent absents dans la documentation technique habituellement jointe à l’objet. Le récit peut aussi s’attacher à la dimension symbolique de l’objet, en reprenant d’éventuelles productions artistiques autour de cet objet, ou en faisant l’écho des résonances culturelles qu’il a suscitées. Enfin, la création de ce récit privilégie le point de vue d’une personne dans la fabrication, l’utilisation ou la conservation de l’objet. Un tel témoignage, empreint de la charge affective de celui qui raconte, permet à la personne qui en prend connaissance, même néophyte, de s’approprier plus facilement l’objet.

La figure ci-dessous reprend les différentes formes de récits qui peuvent être associé à l’objet.


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La démarche décrite ci-dessus a été rendue possible par les différentes actions et réflexions préliminaires et ne constitue qu’une part du travail entrepris par l’Observatoire de l’Espace, depuis sa création, en matière de patrimoine.

L’Observatoire de l’Espace s’attache à recenser et documenter les éléments qui composent ce patrimoine culturel de l’Espace. Actuellement, les actions se sont focalisées sur la partie instrumentale mais dans les années à venir elle s’attacheront autant au patrimoine instrumental qu’au patrimoine documentaire, immobilier ou encore à l’exo-patrimoine.

Cette approche a pour objectif d’éviter la disparition de ce patrimoine, d’assurer une valorisation plus efficace des activités spatiales au travers de prêts ou de dépôts à l’occasion d’expositions notamment et de créer une communauté d’interlocuteurs qui seront des partenaires actifs dans la mise à jour des inventaires ainsi que dans la valorisation du patrimoine recensé. Par ailleurs, le bulletin Espace & Patrimoine est l’un des outils essentiels mis en place par l’Observatoire de l’Espace pour assurer ce dialogue entre acteurs patrimoniaux.

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