
Pour être astronaute, il ne suffit pas de volonté, il faut avoir des prédispositions physiques et psychiques qu'on obtient à la naissance et qu'on développe avec le temps. Moi, j'ai tout: la taille idéale, le poids qu'il faut, une intelligence hors du commun, une condition physique parfaite et une passion sans limite.
Ce matin, j'ai passé les derniers examens pour pouvoir enfin embarquer dans la fusée A212, mon rêve. Mes origines sont modestes et si je me trouve dans cette situation actuellement, ce n'est que grâce à mon travail intense et aux bourses dont j'ai bénéficié. J'ai d'abord obtenu un doctorat en physique avant d'être pris à l'ESA. Ensuite, après plusieurs années d'études, j'ai été sélectionné pour participer en tant que scientifique à la mission Apollo 20.
Je pense que ce qui a été le plus difficile pour moi, fut l'apprentissage du russe. Néanmoins, pour aller dans l'espace, la maîtrise de cette langue est indispensable.
Cela fait 5 ans que le projet a débuté : le but est de ramasser des roches lunaires et de faire de multiples expériences. Depuis le début, j'ai appris à connaître les trois compagnons avec lesquels je vais partager cette aventure. Georg, un homme de 45 ans et responsable de l'expédition, Michel, un scientifique comme moi et Philip notre technicien.
Ce jour-là, je suis retourné chez moi et le reste de la semaine est passé rapidement. Dimanche, je suis allé à la messe, une habitude qui provoque par ailleurs nombre de sarcasmes chez mes collègues scientifiques. Mais pour moi c'est bien simple, je crois à l'immortalité de l'âme. Je suis convaincu qu'après la mort de l'Homme, l'âme s'en va … Où ? Je ne sais pas. Pour moi, cela fait partie des questions qui n'ont pas de réponse.
Enfin aujourd'hui, 8 Octobre 2012 c'est le grand jour. Léna, ma femme, me fait ses adieux : « Tu vas me manquer mon chéri » me dit-elle avec tendresse, les yeux en larmes.
Je quitte la maison pour six mois.
Les techniciens sont en train de remplir les réservoirs de la fusée et pendant ce temps, on en profite pour nous donner les derniers conseils. « A l'envol, vous aurez peut-être des malaises physiques à cause de la trajectoire verticale de la fusée pendant 10 à 20 secondes ». Pour arriver à la Lune, cela nous prendra environ 80 heures. Un grand progrès depuis Armstrong qui marcha sur la lune après 109 heures et 24 minutes.
« Equipage pour la mission Apollo 20, veuillez aborder la fusée ». J'ai le cœur qui bat à tout rompre, et je sens enfin que mon rêve s'exauce. Quand j'étais petit, je rêvais de voler, en avion, en montgolfière, cela m'était égal.
Je monte dans la fusée et mes camarades font de même. Je ferme les yeux. Je pense à Apollo 1 qui, pendant un exercice au sol, fut détruit par un incendie avec son équipage à l'intérieur. Les personnes qui périrent dans cet accident sont des héros morts pour la science et le savoir. Mais cette fois ci, c'est à nous de tout donner pour la science et le savoir, quitte à donner notre propre vie.
- Le moment est venu mes amis » nous dit Georg. « C'est à nous de faire pour l'humanité un pas de plus vers la connaissance ».
Tout à coup, un bruit assourdissant envahit le cockpit. Je ressens un étrange frisson dans tout le corps, je ferme les yeux et nous voilà partis. Maintenant qu'on a quitté le sol, j'ai une sensation que je n'avais jamais éprouvée auparavant, une émotion si intense, une tristesse profonde en même temps. « Je reviendrai», je murmure.
Après plusieurs minutes, nous sortons de l'orbite terrestre et nous nous retrouvons dans l'espace. Le spectacle est indescriptible. Je me sens tellement petit face à un univers qui m'est inconnu. Tout est incroyable, extraordinaire. J'ai envie de crier mais je ne puis, ceci est trop grand, trop intense. On communique par radio avec l'ESA pour informer l'équipe au sol de l'état de la fusée. Jusqu'à présent, tout est en ordre.
Quelques heures plus tard, avec mes compagnons, nous expérimentons l'apesanteur. Je sens que je redeviens enfant, je vole. J'entends mes camarades murmurer : « Ceci est inouï, extraordinaire ». Par le petit hublot je vois la Terre de plus en plus lointaine, mais plus belle que je ne l'avais jamais imaginée. Adolescent, j'ai dit à ma mère que je voulais devenir astronaute et marcher sur la Lune, elle m'avait répondu : « Le seul moyen de quitter la Terre est de mourir...»
Brusquement, ces moments d'excitation et d'émerveillement commencent à être remplacés par un sentiment intense que je ne connaissais pas. La réalité me rattrape. Je suis dans un engin volant, où le dioxygène n'est produit que par une machine.
En quelques mots : ma vie dépend d'une machine. Je me rappelle soudain l'accident d'Apollo 13 ; l'un des réservoirs d'oxygène avait explosé. J'ai du mal à respirer. Pour me raisonner j'essaie de réfléchir. N'est-il pas paradoxal d'avoir la claustrophobie dans l'espace ? Je vole vers l'infini… mais ce sentiment m'emprisonne. Moi, me sentant enfermé entre deux murs qui se resserrent, je ressens une oppression qui monte, irrésistible. J'essaie de respirer profondément mais rien n'y fait, je sens que le dioxygène n'arrive pas dans mes poumons. Mon Dieu. Où s'en va tout le travail qui m'a mené jusqu'ici ? Où sont tous mes efforts et mes motivations ? Léna ! Où es tu ? Je sens que je vais mourir.
Je ne peux croire que mon rêve s'en aille comme ça. Pourtant, je regarde mes compagnons. Tout va bien à bord, mais mon angoisse ne fait que croître. « Réagis, réagis bon sang ! » me dis-je. Un sentiment, un seul est en train de tuer mon rêve. Je sens que je vais perdre connaissance. Mon Dieu s'il te plaît viens-moi en aide. Puis, je doute, si je meurs, mon âme errera-t-elle dans l'espace pour toujours ? Je doute de mes convictions. Je ferme les yeux. J'étouffe… Sacrifice ou faiblesse humaine...
Dans un dernier élan d'adrénaline, j'appuie sur le bouton et sans réservoir d'oxygène, je sors de la fusée. Mes camarades me regardent par le hublot, on dirait qu'ils me crient : « tu voles ». Je vole, plus que quelques minutes, et je saurai…
La perfection n'est pas de
ce monde
Stéphanie Signoret
16 ans
Lycée franco–mexicain de Mexico, Mexiquee



