
Les héros principaux :
L'émotion – une femme mince vêtue d’une robe bleu clair, ornée de petites fleurs bleues. Les cheveux longs, emmêlés. Les mouvements nerveux, parle vite.
La raison – un homme maussade vêtu d’un pantalon noir et d’un chandail. Parle assurément, articulant chaque mot.
R. : Nous volerons loin, nous trouverons la vie, nous serons forts, notre raison est pure, nous rendrons d'autres planètes propres à la vie, nos yeux regarderont au-delà de notre système solaire.
E. : Je suis belle. Le monde autour de moi est beau, mais complexe. Je suis complexe, puisque je suis une particule élémentaire du monde. Moi, je suis l'espace en soi.
R. : Gagarine. URSS. Fut le premier en 1961. John Glenn. Etats-Unis, en 1962. Géorguy Ivanov. Bulgarie, en 1972. Je dois comprendre comment devenir résistant, comment se préparer aux vols lointains, comment franchir les frontières du système solaire pour subjuguer l'espace... Marc Garno, Canada, en 1984. Timothy John Creamer. Etats-Unis, en 2009...
E. : Toi, tu es mon espace, une petite planète à côté de moi. Rêvons comment nous vivrons dans un coin éloigné de l'espace, à la périphérie de tout, à l'écart de toutes les tristesses.
R. : Oui, oui, tu as raison, ma belle, il est nécessaire de réfléchir, nous devons penser comment coloniser une autre planète, concentrons toutes nos forces. L'essentiel est le plan. Dresser le plan et le suivre.
E. : Pensons ensemble. Il nous faut répondre à une question : "que ferons-nous sur cette planète ?" Là-bas il n’y a rien, seulement le vide : des arbres creux sans coeur enfoncent leurs racines dans la terre.
R. : Tout est clair, nous construirons une nouvelle maison
E. : Notre maison me plaît aussi. Ma conscience envoie chaque seconde dans l'espace un seul signal : «je suis heureuse ici, où je suis, sur la Terre».
R. : N'oublie pas que l'humanité se développe en une super-civilisation qui s'empare de l'espace de la planète et de ses ressources. La Terre périt. Il faut penser à une nouvelle maison !
E. : Tu parles de la fragilité de l'existence, je peux la comprendre, c’est la solitude des idées et de la conscience, c’est l'espace infini qui enveloppe notre Terre dans un cocon. En effet, sommes-nous bien ici, où nous sommes ?
R. : Il n'y a pas d'avenir sur cette Terre pour nous, ma belle. Nous sommes ici pour faire de la Terre un Enfer et construire le Paradis en dehors de notre maison. Nous nous sommes agités pour rien, nous dépensons tellement d'énergie à nous isoler dans notre microcosme et gaspillons tant de forces pour nous mettre d’accord sur la moindre question. Tout ce que je t'ai dit maintenant je te le dis avec une rage de changement. Il faut que je fasse tout moi-même, il faut que je te rende heureuse.
E. : Je t'aiderai. Que faut-il faire ?
R. : Je parlerai et toi, tu écriras. Ce sera le plan, que nous suivrons ensemble !
E.: D'accord. J'écris.
R.: Il nous faut :
Effectuer une exploration géologique.
Compter la quantité de nourriture nécessaire à chaque personne.
Mesurer la quantité d'eau et d'air nécessaire pour une personne.
Résoudre les problèmes de la création du champ magnétique local pour les colonies.
Trouver une solution au problème de la garantie de l’énergie pour les établissements et les colonies...
E. : Tes paroles sont mielleuses et audacieuses. Je prendrai tes mains et je serai à tes côtés pour le meilleur et pour le pire. Je veux partager avec toi l'ancien et l'actuel, la souffrance et le bonheur, la crainte et la joie...
Mais tes paroles me font peur, je ne puis pas supporter la présence de l’espace dans les longs couloirs de ma mémoire. Le manque d'atmosphère et l'instabilité psychologique à l'écart de ma planète natale, l’empoussiérage, les écarts des températures entre le jour et la nuit, une autre force d'attraction... je reste sur Terre. Moi, je ne veux pas changer.
R. (se lève et touche la cloison opaque) : Me vois-tu, ma belle ?
E. : Non.
R. : Malgré les distances je vais t'approcher.
E. : C'est trop. J’ai peur de toi.
R. : Ne dis rien. Gardons le silence.
Yuliya Shvetsova
Russie



