Dans l’impasse de la cité Véron, loin du bruit et des néons de Pigalle, une foule se presse dans les escaliers qui mènent au Théâtre Ouvert. Les spectateurs se mêlent un instant aux enfants que leurs parents sont venus récupérer au cours de danse d’à côté.
Passé le petit portique, l’ascension des escaliers promène le public à travers l’histoire de ce théâtre inscrit dans l’écriture contemporaine depuis plus de trente ans. Après un café, un verre de vin, les portes de la salle sont enfin ouvertes et le public s’avance, pour le départ de cet étrange voyage théâtral dans l’univers spatial. Après quelques mots d’introduction, l’écrivain Noëlle Renaude et le comédien Christophe Brault débutent par la mise en voix de Retour à la Terre. Cette transposition de l’histoire spatiale, transcendée par la fiction en marche héroïque, est régulièrement ponctuée par l’auteur de mimiques qui amusent grandement le public.
Première des éclipses, qui suggèrent l’Espace sur Terre sans qu’il ne soit rendu visible, la projection d’un court film extrait des essais de ballons pour Vénus en 1984 et dont les images poétiques montrent un camion qui promène un ballon dans la campagne française.
S’ensuit Retour à l’apesanteur, lu par l'auteur Claire Guézengar, sur les préoccupations d’une artiste qui doit créer une exposition en micropesanteur. Lors de la seconde éclipse, des équipes techniques s’activent pendant la phase de préparation et de lancement du premier satellite français, FR1. Cyrille Martinez a ensuite lu son texte avec Christophe Brault, Du vin sur la Lune, portrait comique des institutions et des hommes politiques français face à une improbable découverte sur la Lune.
A l’écran se pressent ensuite équipes médicales et journalistes, caméra à l’épaule, lors de la troisième éclipse, qui courent à travers le désert kazakhe vers une petite capsule métallique : il s’agit en fait du retour en Soyouz des spationautes de la mission Andromède en 2001… Puis Thomas Clerc et Christophe Brault entament la lecture de Crescendo, l’affrontement entre un candidat énigmatique, passionné par la physique et son examinateur.
Une dernière éclipse vient clôturer la soirée : sur une image envoûtante de la Terre défilant lentement à travers la nouvelle coupole de la Station spatiale internationale, un extrait de la performance musicale des Voyageurs de l’Espace, accompagnés du comédien Damien Bouvet, qui a été enregistrée lors de la Fête de la musique 2009 au CNES, a doucement bercé le public dans sa rêverie spatiale.
Le public a ensuite été invité à rejoindre les auteurs autour d’un verre et chacun semblait heureux de sa soirée. Ce n’est que bien plus tard que les équipes de l’Observatoire de l’Espace, rassemblant leurs dernières forces et les accessoires de la soirée, quitteront le Théâtre Ouvert, satisfaits du lancement réussi – non pas en direction des étoiles, mais dans les esprits – de la revue Espace(s) n°6, La Fabrique de la mémoire.
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