Votre spectacle illustre votre fascination pour la matière, en tas, en apesanteur… Pouvez-vous nous en dire un peu plus? Que souhaitez-vous montrer/démontrer?
Ce qui m’intéresse, ce que j’ai à cœur de faire, c’est de créer chez les spectateurs les conditions propices à une rêverie active. J’essaye de réveiller leur capacité à rêver, je tente de leur faire reprendre contact avec leur imaginaire. J’ai moi-même pris tant de plaisir à rêver, de plus en plus souvent, devant des tas (de pierres ou d’autres), que je voulais partager ça, partager les émotions et les sensations d’une telle contemplation, comme une relation amoureuse avec le monde. Contempler des tas c’est aussi résister au flot, aux modèles d’images que la société nous balance en continu… La gageure, pour ce spectacle, étant de rester en appétit soir après soir devant mes cailloux, de ne pas jouer l’intérêt que je leur porte. C’est d’ailleurs l’essence du théâtre, faire vivre le truc chaque soir, sauf qu’ici le propos est si singulier qu’il ne peut en rien me rattraper. Si je fais défaut, tout s’écroule, la démonstration ne prend pas…
Comment avez-vous préparé Au milieu du désordre?
En fait, ça fait déjà dix-huit ans que je travaille et que je m’intéresse à la matière. Dès 1990, dans La volière Romesko je voulais voler, donc je me suis intéressé à l’apesanteur… Au milieu du désordre est un peu la quintessence de trois spectacles précédents, qui abordaient les thèmes du tas, du ressort et de l’égarement. C’étaient des pièces très visuelles, pas très « causantes », avec de grosses installations. J’ai eu envie de les reprendre sous une forme plus légère. Pour ma pièce Le Tas, créé en 2002, je suis allé embêter des scientifiques dans des labos de physique granulaire du CNRS. Moi qui m’arrêtais de plus en plus souvent devant des tas, je n’aurais jamais imaginé qu’ils soient l’objet d’études scientifiques ! C’est une amie physicienne qui m’a mis sur la piste. Quand j’ai rencontré ces spécialistes, quand j’ai lu leurs thèses, découvert leurs concepts, j’y ai trouvé une véritable poésie, des mots aussi beaux que « la croissance lente de la hauteur qui coule »... C’est une magnifique source d’inspiration et je suis toujours très heureux de voir que le public y adhère, qu’ils sont touchés par les mêmes choses que moi.
Pourquoi avoir invité l’Observatoire de l’Espace? Qu’est-ce que nos matériaux d’archives vous apportent?
J’ai rencontré Gérard Azoulay il y a un moment déjà. Sa vivacité et sa capacité à élargir tout ce qui touche à l’espace m’ont charmé. On cherchait un projet commun, cette soirée nous en a fourni l’occasion et j’en suis ravi. Le film sur les ballons stratosphériques, le témoignage savoureux de Michel Viso sur la fécondation en micropesanteur, tout cela participe de ma nourriture et m’inspire… Ainsi mon prochain spectacle, Sex Amor, est une rêverie sur le sexe, l’amour et la mort. J’ai un autre projet, un long métrage qui s’intitulera En l’air !, où un homme déclare la guerre à la pesanteur, et tente d’ouvrir les yeux de ses semblables. Comme chaque fois, je puise dans plein de directions : rencontres avec des scientifiques, lecture de livres spécialisés et les soirées aux domaines croisés comme celle du 6 mai, j’incorpore tout cela puis je digère pendant plusieurs mois. La fécondation dans l’espace est un thème qui pourrait bien revenir !
Ce qui m’intéresse, ce que j’ai à cœur de faire, c’est de créer chez les spectateurs les conditions propices à une rêverie active. J’essaye de réveiller leur capacité à rêver, je tente de leur faire reprendre contact avec leur imaginaire. J’ai moi-même pris tant de plaisir à rêver, de plus en plus souvent, devant des tas (de pierres ou d’autres), que je voulais partager ça, partager les émotions et les sensations d’une telle contemplation, comme une relation amoureuse avec le monde. Contempler des tas c’est aussi résister au flot, aux modèles d’images que la société nous balance en continu… La gageure, pour ce spectacle, étant de rester en appétit soir après soir devant mes cailloux, de ne pas jouer l’intérêt que je leur porte. C’est d’ailleurs l’essence du théâtre, faire vivre le truc chaque soir, sauf qu’ici le propos est si singulier qu’il ne peut en rien me rattraper. Si je fais défaut, tout s’écroule, la démonstration ne prend pas…
Comment avez-vous préparé Au milieu du désordre?
En fait, ça fait déjà dix-huit ans que je travaille et que je m’intéresse à la matière. Dès 1990, dans La volière Romesko je voulais voler, donc je me suis intéressé à l’apesanteur… Au milieu du désordre est un peu la quintessence de trois spectacles précédents, qui abordaient les thèmes du tas, du ressort et de l’égarement. C’étaient des pièces très visuelles, pas très « causantes », avec de grosses installations. J’ai eu envie de les reprendre sous une forme plus légère. Pour ma pièce Le Tas, créé en 2002, je suis allé embêter des scientifiques dans des labos de physique granulaire du CNRS. Moi qui m’arrêtais de plus en plus souvent devant des tas, je n’aurais jamais imaginé qu’ils soient l’objet d’études scientifiques ! C’est une amie physicienne qui m’a mis sur la piste. Quand j’ai rencontré ces spécialistes, quand j’ai lu leurs thèses, découvert leurs concepts, j’y ai trouvé une véritable poésie, des mots aussi beaux que « la croissance lente de la hauteur qui coule »... C’est une magnifique source d’inspiration et je suis toujours très heureux de voir que le public y adhère, qu’ils sont touchés par les mêmes choses que moi.
Pourquoi avoir invité l’Observatoire de l’Espace? Qu’est-ce que nos matériaux d’archives vous apportent?
J’ai rencontré Gérard Azoulay il y a un moment déjà. Sa vivacité et sa capacité à élargir tout ce qui touche à l’espace m’ont charmé. On cherchait un projet commun, cette soirée nous en a fourni l’occasion et j’en suis ravi. Le film sur les ballons stratosphériques, le témoignage savoureux de Michel Viso sur la fécondation en micropesanteur, tout cela participe de ma nourriture et m’inspire… Ainsi mon prochain spectacle, Sex Amor, est une rêverie sur le sexe, l’amour et la mort. J’ai un autre projet, un long métrage qui s’intitulera En l’air !, où un homme déclare la guerre à la pesanteur, et tente d’ouvrir les yeux de ses semblables. Comme chaque fois, je puise dans plein de directions : rencontres avec des scientifiques, lecture de livres spécialisés et les soirées aux domaines croisés comme celle du 6 mai, j’incorpore tout cela puis je digère pendant plusieurs mois. La fécondation dans l’espace est un thème qui pourrait bien revenir !
Entretien
avec Pierre Meunier

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